Exposition "Design contre design" à Paris: un utérus pour dormir, des lèvres pour s'asseoir

PARIS (AFP) — Une chambre utérus où se lover, un canapé en forme de lèvres pour poser son séant, un couple de chiffonniers mâle et femelle: l'exposition "Design contre design", qui s'ouvre mercredi au Grand Palais à Paris, revisite deux siècles de création d'objets domestiques, dans un parcours pimenté de surprises et d'humour.

Organisée par la Réunion des musées nationaux (RMN), l'exposition a délaissé l'approche chronologique, préférant retenir des thèmes clef (forme, contexte, architecture). Près de deux cents pièces, de la révolution industrielle à 2007, sont présentées au public jusqu'au 7 janvier.

"On reproche souvent aux expositions sur le design de trop ressembler à des fourre-tout, des brocantes ou des salles des ventes", a expliqué à la presse le commissaire de l'exposition Jean-Louis Gaillemin, qui a tenu à procéder à "une rigoureuse sélection" des oeuvres pour faire naître des "ensembles cohérents".

A ses yeux, le mot design est "en crise". Le terme a été galvaudé au fil des ans, devenant synonyme de "bien dessiné" voire d'"objet tendance", quand il n'est pas devenu un "simple adjectif", déplore ce professeur de l'histoire de l'art à la Sorbonne.

L'exposition cherche à redonner du sens à ce terme en confrontant les meubles et objets domestiques de diverses époques, en créant des "courts-circuits" ou des dialogues entre les choses.

Trois pièces monumentales ponctuent le parcours. Au chapitre des formes, le banc Iceberg en bois laqué, réalisé en 2003 par l'irakienne Zaha Hadid, intimide, avec sa pointe élancée et sa froideur blanche et lisse.

Plus accueillante, The Whomb house (la maison de l'utérus), réalisée en 2004 par l'atelier néerlandais Van Lieshout, propose un retour au ventre de la mère dont rêvaient les surréalistes. Les parents peuvent gagner le lit central aux draps roses par une ouverture de côté. Les enfants, plus petits, peuvent, eux, s'y glisser par la "voie naturelle". Tout est prévu pour ne plus avoir à mettre le nez dehors: il y a un bar, un coin cuisine, une douche et des toilettes...

Imposante, cette oeuvre a eu du mal à rentrer dans le bâtiment. "Il a fallu faire une césarienne au Grand Palais" pour l'installer, plaisante Jean-Louis Gaillemin.

Toujours dans la veine de la matrice, "Phantasy landscape", réalisé en 1970 par Verner Panton, ressemble à une grotte confortable dans des teintes de boîte de nuit. Les visiteurs seront invités à s'y aventurer.

Parmi les belles surprises de l'exposition, la rencontre du chiffonnier anthropomorphe Homme réalisé en 1921 par André Groult, avec son pendant féminin, aux formes généreuses, réalisé par le même artiste un peu après. Ces deux-là ne s'étaient pas revus depuis les années 20, le premier appartenant à un particulier, le second à un musée.

Le corps se décline aussi par morceaux. Les lèvres rouge vif de La Bocca (2006) de Bertrand Lavier s'offrent sous forme de canapé. Un bol en forme de sein (1788) aurait servi à Marie-Antoinette pour boire du lait de chèvre.

L'animal inspire également les objets domestiques: chaise Cobra (vers 1902) de Carlo Bugatti. Ou encore un extravagant Chat polymorphe (1968) de François-Xavier Lalanne, qui servait de desserte pour des réceptions.

Le végétal n'est pas en reste, avec un fauteuil anglais en forme de rose, datant de la fin du XIXe siècle, qui semble tout droit sorti d'"Alice aux pays des Merveilles". Il y a aussi la folle théière de Christophe Dresser (vers 1879) dont la forme ultra-moderne avait nécessité à l'époque des milliers d'heures de travail. Et dont Alessi s'est inspiré par la suite.