Pompiers morts à Neuilly : 2 ans de prison avec sursis pour la propriétaire

NANTERRE (AFP) — Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné mardi à deux ans de prison avec sursis la propriétaire d'une chambre de bonne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), dont l'incendie en 2002 avait provoqué la mort de cinq pompiers âgés de 22 à 27 ans.

Les deux occupants de la chambre de bonne, deux Polonais, ont été relaxés de l'accusation d'homicide involontaire.

L'avocat des parties civiles, Me Thibault de Montbrial, a salué "une décision pédagogique, motivée. Le délit d'homicide involontaire est très difficile à caractériser devant les tribunaux et ce jugement vient rappeler les obligations de tous les propriétaires de France, que ça soit à Neuilly ou dans la banlieue la plus défavorisée. C'est ce que les familles espéraient".

Le procureur, Lucie Berthezene, avait requis 24 mois de prison, dont 6 ferme, contre Mme Dominique de Gallard Terraube, et une relaxe du chef d'homicide involontaire pour les deux occupants polonais.

A l'annonce du jugement, la propriétaire, âgée de 59 ans, reste impassible. A ses côtés, les deux Polonais, père et fille, se tiennent par la main. "J'étais très inquiète pour mon père", confie la fille en sortant de la salle d'audience.

Celui-ci, également poursuivi pour séjour irrégulier en France, a été relaxé pour ce chef d'accusation, la Pologne appartenant aujourd'hui à l'Union européenne.

Le tribunal a également condamné la propriétaire à verser aux parties civiles des dommages-intérêts dépassant 700.000 euros. "L'installation électrique de la chambre de bonne n'étant pas aux normes, son assurance ne la prendra pas en charge", précise Me Thibault de Montbrial.

"Le jugement ne nous satisfait pas, a précisé l'avocate de la propriétaire, Me Michèle Arnold. Il redéfinit les rapports entre les citoyens et les pompiers. Il est reproché à (ma cliente) de ne pas avoir vérifié l'installation électrique, or, elle n'y avait pas accès, puisque des locataires occupaient l'appartement."

La propriétaire n'a laissé filtrer aucune émotion et ne s'est pas exprimée.

Le procès, qui s'était déroulé du 12 au 14 février, avait mis en lumière la vétusté de la chambre de bonne de 9 m2, au 7e étage d'un immeuble cossu.

Le parquet avait estimé que la "défectuosité du système électrique" avait un lien de "causalité indirecte" avec la mort des cinq pompiers, lien suffisant pour demander une condamnation pour homicide involontaire de la propriétaire.

Selon deux experts, l'incendie du 14 septembre 2002 avait été provoqué par un court-circuit dans le téléviseur, aggravé par un fusible n'ayant pu sauter, le plomb ayant été remplacé par du cuivre.

Aucun des trois prévenus n'a reconnu avoir modifié le fusible.

La défense de la propriétaire avait demandé sa relaxe, estimant que le lien entre le système électrique et l'incendie n'était pas établi. Elle avait insisté sur le phénomène de "flash-over" qui avait emporté les cinq pompiers : un phénomène d'embrasement généralisé provoqué par l'accumulation de chaleur dans la pièce.

L'avocate de la propriétaire a annoncé son intention de faire appel.

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