Nuon Chea, ex-numéro deux des Khmers rouges, arrêté au Cambodge

PAILIN (AFP) — Nuon Chea , 82 ans, plus haut responsable encore en vie de l'ancien régime des Khmers rouges, a été arrêté mercredi sur ordre du tribunal parrainé par l'ONU et chargé de juger les crimes les plus graves commis il y a 30 ans au Cambodge.

A l'aube, des policiers et des responsables du tribunal se sont rendus à la résidence de Nuon Chea, qui vivait librement jusqu'à présent dans la région de Pailin (nord-ouest du Cambodge), à la frontière thaïlandaise.

Lors de son interpellation, "il tremblait" et "on a cru qu'il allait s'effondrer", a déclaré une voisine, Sok Sothera.

Après avoir été interrogé sur place, l'ancien leader Khmer rouge a été transféré en hélicoptère vers la capitale, Phnom Penh, où siège le tribunal du génocide cambodgien.

"Nuon Chea a été conduit à la cour. Il a été présenté devant les juges en charge de l'enquête (...) sur exécution d'un mandat d'arrêt", a déclaré un porte-parole du tribunal, Reach Sambath.

Il a souligné que Nuon Chea serait informé plus tard des chefs d'accusation retenus contre lui.

Ou Boran, un parent de Nuon Chea, a dit à l'AFP que les autorités avaient fouillé la maison de Pailin à la recherche de documents et de lettres.

Des centaines de villageois ont ensuite assisté, stupéfaits, au départ de l'ancien dirigeant.

Connu sous le titre de "Frère numéro deux", Nuon Chea (de son vrai nom Long Bunruot) a été le principal lieutenant de Pol Pot, leader du régime des Khmers rouges décédé en 1998.

Considéré comme l'idéologue de l'ancien pouvoir, Nuon Chea serait derrière la plupart des purges qui ont ensanglanté le Parti communiste cambodgien.

Quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort sous le régime ultra-maoïste des Khmers rouges, qui a fait régner la terreur au Cambodge entre 1975 et 1979, vidant les villes au profit des campagnes, imposant le travail forcé et éliminant systématiquement tout opposant.

Dans un entretien avec l'AFP en juillet dernier, Nuon Chea avait affirmé qu'il n'avait pas de sang sur les mains. "Je ne sais pas qui est responsable", avait-il dit.

Un tribunal spécial, parrainé par l'ONU, s'est mis en place en juillet 2006 à Phnom Penh pour juger des personnes considérées comme les plus responsables des atrocités commises par les Khmers rouges.

A ce jour, Kaing Guek Eav, alias "Douch", 65 ans, ancien commandant du centre de torture de Tuol Sleng, est le seul suspect détenu par le tribunal à participation internationale.

Il avait été inculpé en juillet de crimes contre l'humanité et transféré à la cour qui l'a incarcéré.

Parmi les autres suspects faisant l'objet d'enquêtes figureraient Khieu Samphan, chef de l'Etat sous les Khmers rouges, et Ieng Sary, l'ancien ministre des Affaires étrangères.

Les première audiences du procès ne sont pas attendues avant 2008, selon des responsables du tribunal qui a tardé à devenir opérationnel en raison de frictions entre les autorités de Phnom Penh et les Nations unies.

Il s'agit d'un tribunal composé de juges cambodgiens et étrangers.

Certaines organisations se sont inquiétées des retards dans le processus, alors que les personnes susceptibles d'être jugées sont de plus en plus âgées.

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