Sommet antidopage: le passeport biologique fait l'unanimité

PARIS (AFP) — A quelques détails près, l'instauration d'un passeport biologique au 1er janvier 2008 a fait l'unanimité lundi, au premier jour du sommet sur le dopage dans le cyclisme, qui s'est déroulé dans un climat plutôt apaisé entre les différents camps, notamment AMA, UCI.

Certes, l'Agence mondiale antidopage et l'Union cycliste internationale divergent encore sur le contenu d'un suivi qui doit, pour la première, rester hématologique, et s'étendre rapidement au profil stéroïdien pour la seconde.

Mais la volonté est là d'établir une boite noire du cycliste enregistrant toute variation suspecte des paramètres sanguins. Au point qu'Alain Garnier, directeur médical de l'AMA, a évoqué le "consensus de Lausanne" régnant autour du passeport, en référence au laboratoire suisse concepteur de la méthode statistique utilisée pour l'établir.

"Il n'y a pas de limite scientifique ou technique à la mise en place du passeport. Il faut juste s'en donner les moyens", a indiqué le Dr Garnier.

Et les moyens existent: l'UCI, comme l'ont rappelé plusieurs des intervenants de la table ronde, dispose d'une très riche bibliothèque d'échantillons sanguins qui devrait lui éviter de démarrer de zéro les six prélèvements par coureur nécessaires à l'établissement d'un passeport fiable.

Par ailleurs, Mario Zorzoli, médecin de l'UCI, a indiqué que six laboratoires étaient d'ores et déjà habilités à analyser les prélèvements de manière standardisée, un prérequis pour que le passeport "tienne la route" sur le plan juridique.

La prochaine étape ne sera pas la moindre et va nécessiter la pleine coopération de l'AMA et de l'UCI, deux instances qui n'ont pas toujours travaillé en bonne intelligence, afin de déterminer le "quand", le "où", le "comment" des prélèvements. "On a contacté l'AMA pour envoyer des experts dans le panel qui décidera quand et où il faut tester les coureurs", explique Zorzoli.

Idem pour le traitement des profils anormaux révélés par le suivi: "On devra faire appel à une cour d'experts indépendants pour traiter les cas et faire des recommandations", a estimé Alain Garnier.

Quasiment consensuel sur le plan scientifique, le dossier "passeport" est désormais entre les mains des juristes qui devraient rencontrer bien plus de difficultés. Car le suivi doit, dans l'esprit de l'UCI et de l'AMA, devenir à terme un outil de sanction envers tout sportif dont les analyses montreraient des résultats s'écartant de ses propres valeurs précédemment établies. Et toute imperfection du système ouvrirait une large brèche à des avocats devenus incontournables dans les affaires de dopage.

Si le Code mondial antidopage ne s'oppose pas à cette utilisation, les règlements de l'UCI nécessitent encore d'être adaptés pour, selon Ullrich Haas, professeur de droit à Mayence et expert de l'AMA, "préciser qu'un contrôle de santé (terminologie utilisée pour les prélèvements entrant dans le passeport) peut être assimilé à un contrôle antidopage".

La seconde journée du sommet, décidé dans la foulée d'un Tour de France marqué par les scandales et tenu sous l'égide du ministère français de la santé, de la jeunesse et des sports, sera consacrée mardi aux autres mesures à mettre en oeuvre pour lutter contre le dopage dans le peloton. Avec, en conclusion, la très attendue poignée de mains entre Dick Pound et Par McQuaid, respectivement présidents de l'AMA et de l'UCI qui ont l'occasion de se rabibocher pour la bonne cause.