PARIS (AFP) — Le président syrien Bachar al-Assad figure parmi les invités de la France aux cérémonies de la fête nationale du 14 juillet à Paris, nouveau signe du rapprochement entre les deux pays depuis l'élection d'un président au Liban.
L'information a aussitôt déclenché un début de polémique avec l'opposition de gauche.
"Ce qui devrait choquer, c'est qu'on ne tente rien pour essayer de créer les conditions de la paix au Proche-Orient et dans la Méditerranée", a déclaré le Premier ministre François Fillon en affirmant que "la Syrie a tenu ses engagements dans le conflit libanais" en permettant l'élection de Michel Sleimane à la présidence libanaise.
Pour arriver à mettre sur pied l'UPM, "il faut que tous les Etats de la Méditerranée soient présents autour de la table", a-t-il ajouté.
Selon une source de la présidence française, Bachar al-Assad est sur la liste des invités du 14 juillet au même titre que la cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement appelés à participer la veille au sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM), un projet cher au président Nicolas Sarkozy, dont l'invité d'honneur sera cette année le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.
Mais la présence du président syrien à la tribune officielle de ces cérémonies -comprenant notamment un défilé militaire sur l'avenue des Champs-Elysées- aurait une portée symbolique particulière.
Cette invitation intervient alors que Paris vient de relancer les contacts avec la Syrie et mène à son égard une politique d'ouverture depuis l'élection en mai du président libanais Michel Sleimane, un scrutin longtemps bloqué par les alliés de Damas.
Le ministre syrien de la Culture, Riad Naassane-Agha, était en début de semaine en visite officielle à Paris, la première d'un membre du gouvernement syrien depuis trois ans.
Le prédécesseur de M. Sarkozy, Jacques Chirac, avait coupé les liens avec le régime de Bachar al-Assad après l'assassinat en 2005 de son "ami", l'ex-Premier ministre libanais Rafic Harari, victime d'un attentat pour lequel une commission d'enquête internationale a mis en cause de hauts responsables des services de sécurité syriens. Damas nie toute implication.
Début juin, M. Sarkozy avait indiqué que Bachar al-Assad viendrait "vraisemblablement" à Paris le 13 juillet pour le sommet de lancement de l'UPM.
Ce projet, auquel est associé Israël, suscite le scepticisme voire l'opposition de certains dirigeants arabes, notamment du leader libyen Mouammar Kadhafi.
Des responsables politiques français d'opposition ont rapidement dénoncé l'invitation du président syrien aux cérémonies de la fête nationale.
Le leader du Parti socialiste François Hollande a parlé d'un "symbole fâcheux". "On a déjà suffisamment souffert lors de la visite du président Kadhafi pour qu'aujourd'hui, on n'impose pas à tous nos amis et aux Français eux-mêmes la présence du président syrien" sur les Champs-Elysées, a-t-il dit.
L'accueil en grande pompe en décembre à Paris du colonel Kadhafi avait suscité de vives critiques.
La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade, qui avait alors fait part de son malaise, a estimé jeudi que l'invitation faite à Bachar al-Assad constituait "une main tendue" et "une chance pour la paix", mais "pas un quitus".
L'organisation de défense de la presse Reporters sans frontières (RSF) s'est quant à elle déclarée "scandalisée", estimant que le président syrien était à la tête "de l'un des régimes les plus répressifs au monde".
La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a, quant à elle, exprimé mercredi l'espoir que la France transmettrait le bon "message" à la Syrie, aussi bien sur le Liban que sur les négociations de paix avec Israël.
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