La mosaïque sort des musées en Tunisie et revient au goût du jour

TUNIS (AFP) — Longtemps confiné dans les musées qui regorgent de trésors, l'art de la mosaïque a été remis au goût du jour en Tunisie par une nouvelle génération d'artisans qui font des abacules de pierre un produit de décoration très prisé à l'exportation.

L'engouement pour cet art multimillénaire et la créativité de mosaïstes tunisiens étaient célébrés récemment par un festival international à El Jem, ancienne ville romaine dans le centre-est tunisien.

Des milliers de répliques anciennes figurant des scènes de chasse ou des épisodes de la guerre des Dieux grecs contre les géants ont côtoyé des créations modernes et objets utilitaires aux couleurs chatoyantes.

"Nous essayons d'adapter la mosaïque aux nouvelles tendances d'ornement et répondre à une demande accrue de décorateurs", déclare à l'AFP Nacer Bouslah, un des pionniers.

En marbre, pierre ou émaux, la mosaïque a reconquis les intérieurs, les jardins et les lieux de travail, non seulement sur les sols et les murs, mais aussi sur les accessoires, meubles, luminaires et équipements sanitaires.

Des tesselles aux couleurs de l'arc en ciel ont investit les villas de luxe, hôtels et palaces qui ont été construits ces dernières années, note un architecte.

Ainsi, des bureaux en bois revêtus de milliers d'abacules multicolores, des baignoires renvoyant l'image de Vénus en bas-reliefs, des appliques murales et coffres étaient présentés aux spécialistes méditerranéens au festival d'El Jem, qui s'est achevé fin avril.

Répandue durant l'antiquité dans le pourtour méditerranéen, la mosaïque fut introduite en Tunisie au IIè siècle sous l'impulsion d'une école de maîtres alexandrins avant de subir l'influence de Rome suite à la prise de Carthage par les Romains.

Selon l'archéologue Hédi Slim, ce type de décorations a été délaissé après la conquête islamique à la fin du VIIe siècle, en raison de l'interdiction de la représentation de l'homme en islam.

Mais, de l'avis des historiens de l'art, la Tunisie détient encore la plus prestigieuse des collections romaines du monde, avec près de 30.000 pièces dans ses musées, dont le plus fameux, celui du Bardo.

"Ulysse et les sirènes" sur lequel le héros grec est ensorcelé par le chant des créatures mythiques et "la toilette de Vénus", déesse de la beauté dans son bain, en sont les plus célèbres.

La mosaïque a recommencé à revivre à la fin du XXe siècle, suscitant un regain d'intérêt mondial pour la conservation des oeuvres anciennes, à travers un appui de la Banque mondiale et une assistance technique de la Fondation Getty (USA, Californie).

Le tourisme a contribué à faire revivre la pratique de cet art ancien.

"Des artisans installés sur le parcours touristique des souks de la Médina de Tunis avaient commencé par reproduire maladroitement des mosaïques au grand bonheur des touristes", se souvient M. Bouslah.

Plus tard, des artisans formés aux écoles des beaux arts ont introduit de nouvelles techniques de coupe et de pose de la pierre. Des choix de finition étudiés et un désir d'expression authentique ont vu le jour.

"Il faut aimer la pierre et être dans l'air du temps", résume Riadh Bouassida, dont l'atelier attenant à l'Ecole des Arts et Métiers fait recette.

Les thèmes mythologiques et la reproduction des tableaux romains ont fait place à la création d'oeuvres très prisées, abstraites ou à vocation utilitaire.

Environ 700 artisans et 50 ateliers de fabrication sont répertoriés par l'Office de l'artisanat en Tunisie, qui encourage les ventes en devises fortes à l'étranger.

Son directeur, Afif Jerad se réjouit d'un bon carnet de commandes avec des "dizaines de milliers" de pièces achetées en 2007 depuis les Etats-Unis, le Canada ou l'Europe (Allemagne, France, Italie).