Underground et branché, Sébastien Tellier représente la France à L'Eurovision

PARIS (AFP) — Ses cheveux longs et sa barbe hirsute tranchent avec ses costumes de marque, il est une icône underground et branchée mais représentera la France à l'Eurovision, concours populaire souvent raillé comme un sommet du kitsch: dans sa musique comme dans sa vie, Sébastien Tellier cultive l'art du paradoxe.

"Je suis un mec bicéphale. L'Eurovision, c'est paradoxal par rapport à mon image intello-hype, donc ça me plaît car c'est une suite de n'importe quoi qui créée ma propre logique", affirmait-il à l'AFP quelques semaines avant la finale du concours, le 24 mai à Belgrade.

Tellier, 33 ans, a fait ses débuts dans le sillage du duo Air, fine fleur de l'électro-pop branchée à la française. Dès son premier album, "L'incroyable vérité" (2001), il a été catalogué "artiste inclassable", dans la lignée des Anglais Robert Wyatt et Syd Barrett, le génie fou de Pink Floyd.

Il partage avec eux une personnalité excentrique, une folie douce qu'il double d'un humour absurde et décalé.

Le barbu est hilarant. En concert, il entrecoupe ses chansons de digressions potaches, ordonnant au public de "voter FN" ou affirmant que sa mère "s'appelle madame Francis Bacon car on aime le cochon dans la famille".

Lors d'une récente émission de télévision, il a désarçonné le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux en lui suggérant l'emploi de catapultes pour expulser les sans-papiers.

Son physique massif et son système pileux lui valent des comparaisons avec le rugbyman Sébastien Chabal mais sa voix est douce.

Il suscite des avis tranchés. Certains le tiennent pour un imposteur, d'autres pour un génie.

Car au-delà de son excentricité bouffonne, Tellier est un compositeur d'exception, capable d'accoucher de chansons à la beauté bouleversante. C'est le cas de "Universe" (2001), de la sublime "Ritournelle" (2004), utilisée dans de nombreuses publicités, ou de "L'amour et la violence", qui clôt son quatrième album, l'excellent "Sexuality", paru fin février et produit par l'un des Daft Punk, Guy-Manuel de Homem-Christo.

Ses chansons sont le plus souvent en anglais, comme "Divine", qu'il interprètera à l'Eurovision, ce qui a provoqué une polémique à droite malgré l'ajout d'un court passage en français. "C'était disproportionné, en même temps ça me sert énormément", sourit-il.

Tellier a grandi en région parisienne, dans un milieu bourgeois. Il a fait sa scolarité à Saint-Martin de France, un établissement privé de Pontoise dont il a été renvoyé pour avoir versé des produits chimiques dans un aquarium.

Sa jeunesse a été centrée sur la musique et il dit n'avoir découvert le monde extérieur qu'en faisant la première partie de la tournée internationale d'Air en 2001. Il affirme aussi avoir passé quelques jours en hôpital psychiatrique, à sa demande.

"Quand j'allais mal, je pensais que ça me permettrait de créer mieux. C'était une impasse et j'ai décidé d'être heureux", explique-t-il en soulignant qu'il "fume beaucoup moins de joints" quand il est heureux.

Tellier, qui vénère Christophe (il a repris "La Dolce Vita" dans l'album "Sessions" en 2006), admire la démarche du cinéaste néerlandais Paul Verhoeven: "Il a commencé underground, puis, sans changer de message, s'est de plus en plus ouvert au public. Je pense que je serai réellement un artiste de variétés à 50 ans".