Dopage/Cyclisme: deux ans après l'affaire Puerto le super nettoyage n'a pas eu lieu

PARIS (AFP) — Deux années ont passé depuis l'arrestation du Dr Eufemiano Fuentes, cerveau d'un réseau de dopage sanguin dont le démantèlement aurait pu chambouler le cyclisme, finalement privé de ce grand ménage en raison de la résistance de la justice espagnole.

La saisie opérée par la Guardia Civil le 23 mai 2006 dans le laboratoire clandestin du Mabuse madrilène aura finalement accouché d'une historiette, au regard du scandale en germes dans les listes du Dr Fuentes. Sur les 58 cyclistes cités par la presse espagnole au début de l'affaire, seuls quatre ont été sanctionnés: les Italiens Basso, Scarponi et Caruso et l'Allemand Jaksche.

D'autres, comme Jan Ullrich, ont été poussés à la retraite. Beaucoup enfin cherchent une équipe ou souffrent d'une image écornée comme Alberto Contador ou Alejandro Valverde.

Mais le super nettoyage annoncé n'a pas eu lieu. Et la vérité sur l'implication souvent évoquée de sportifs autres que des cyclistes (footballeurs, tennismen, athlètes?) est restée coincée dans les tuyaux d'une administration judiciaire qui n'a rien fait pour la libérer.

En classant le dossier, en mars 2007, sous des motifs aussi rocambolesques que l'inocuité de l'administration d'EPO à des sujets sains de corps, le juge Antonio Serrano a tué l'affaire. La réouverture du cas - après recours conjoint de l'agence mondiale antidopage (AMA), l'Union cycliste international (UCI) et du secrétariat d'état aux sports espagnol - en février dernier n'a fait illusion que peu de temps.

Le dossier Puerto n'a pas été relancé. Seul son volet concernant une possible infraction de Fuentes à la loi sur la santé publique fait l'objet d'un complément d'instruction. Parce qu'aucune loi ne réprimait le dopage au moment des faits, la justice reste inerte en ce qui concerne le cas des cyclistes qu'elle protège en interdisant aux autorités sportives d'utiliser le dossier à des fins disciplinaires.

Pour preuve, le magistrat espagnol s'est opposé à la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS) qui a demandé en mars dernier, pour le compte de l'AMA, la poche de sang attribuée à Valverde à des fins de comparaison ADN. L'AMA a fait appel devant la Cour d'appel de Madrid mais son directeur juridique Olivier Niggli ne cache pas son pessimisme: "A aucun stade", depuis la décision de réouvrir le dossier, "on a senti que le juge avait envie de nous faciliter les choses".

L'AMA a également tenté d'interroger l'institut de toxicologie de Madrid mandaté par la justice pour déterminer la dangerosité des pratiques de Fuentes. Là encore, l'Agence a été rabrouée par le juge.

Aujourd'hui, ni l'AMA ni l'UCI ne disposent, dans les documents en leur possession en qualité de parties civiles, des éléments suffisants pour prouver les faits de dopage d'un cycliste quelconque.

Au delà de la mauvaise volonté de la justice espagnole, c'est l'ensemble de l'Espagne qui fait bloc. Ou au mieux se désintéresse du dossier. Depuis trois mois et le vrai-faux redémarrage du cas, la presse nationale n'y consacre plus une ligne et le pouvoir politique se réfugie invariablement derrière l'indépendance de la justice.

Auteur pour l'AMA d'un rapport sur les trafics et les réseaux, l'expert italien Alessandro Donati a rencontré des enquêteurs de Puerto: "Le système politique, dit-il, a protégé le milieu sportif en s'impliquant très fortement dans l'enquête. Les enquêteurs espagnols le disent: Ils doivent accepter les pressions politiques."