Marseille: derniers jours de campagne fébriles avant le second tour
MARSEILLE (AFP) — Candidats et militants des deux camps lancés dans la course à la mairie de Marseille ont jeté leurs dernières forces dans la campagne, à vingt-quatre heures du second tour, dans un climat de fébrilité croissante et sous la pression des sondages qui prédisent des résultats serrés.
Le socialiste Jean-Noël Guérini a mené campagne au pas de course vendredi matin dans son secteur, alternant coups de téléphone et poignées de mains aux commerçants ou aux passants, entouré d'une vingtaine de militants distribuant des tracts. "Ça me met en forme, j'aimerais qu'elle dure encore six mois cette campagne", a-t-il lancé.
"Je me sens très en forme", a dit comme en écho un Jean-Claude Gaudin très souriant. Le maire sortant UMP a parcouru en tramway une partie de la ville, participant à des réunions publiques aux arrêts.
Du côté des militants, la joute entre les équipes se transforme souvent en invectives réciproques, sous-entendus ou ragots invérifiables.
"On va gagner, on laissera pas la mafia revenir": le ton est combatif, les troupes du maire sortant remontées.
Sur une place, dans le 3e secteur que se disputent M. Guérini et le 1er adjoint UMP à la mairie, Renaud Muselier, les militants distribuent un tract sans équivoque où le nom du candidat PS est associé à "république bananière", "clientélisme", "communautarisme" ou encore "chantage à l'emploi et à l'argent".
Une vieille dame s'approche et regarde à qui elle a à faire. "J'ai eu peur que ce soit Guérini! Vous savez, je les fuis", explique-t-elle à Jacqueline Magne, maire-adjointe sortante. "Je voulais quand même vous dire, enchaîne-t-elle, M. Muselier et M. Gilles (maire sortant du secteur), j'ai voté pour eux parce qu'ils sont gentils mais on n'est pas content dans le quartier".
Mme Magne fait valoir les "succès incontestables" de l'équipe Gaudin. "Le quartier de la Joliette, situé près du port et symbole du renouveau immobilier que revendique la mairie, "c'est Manhattan !", s'emballe-t-elle.
"Gaudin, c'est une usine à images positives pour Marseille", renchérit les yeux brillants, un homme élégant, à ses côtés.
Dans ce même 3e secteur, objet de toutes les convoitises, Jean-Noël Guérini serre les mains, distribue les sourires. A l'image de l'équipe sortante, il veut battre le pavé "jusqu'au dernier moment" pour "aller chercher toutes les voix".
Certains l'accueillent par des applaudissements, comme cette femme qui l'embrasse: "je savais que t'allais venir, on le veut Jean-Noël!"
Mais les rencontres sont parfois plus rudes: "ah non, surtout pas !", lance, outrée, une passante, quand un militant du PS, à quelques mètres du candidat, lui tend un tract.
Les grandes envolées des deux candidats sur leurs projets d'avenir pour Marseille semblent avoir été oubliées dans ce sprint final.
Les deux camps alimentent les rumeurs sur des "gros bras" venus dans les bureaux de vote au premier tour, sur des agressions entre militants, chaque parti rejetant sur l'adversaire la responsabilité du premier coup.
L'atmosphère devient même nauséeuse. M. Guérini a déploré jeudi de "basses manoeuvres", évoquant des "tracts anonymes" et des propos "dégueulasses" concernant la confession juive de sa femme, diffusés dans les quartiers comptant une forte population d'origine maghrébine.
"Je n'ai pas eu communication de ces tracts, a réagi M. Gaudin. Le procédé est totalement condamnable, inacceptable. Je n'imagine pas qu'ils puissent avoir été rédigés par quelqu'un proche de ma liste. A vingt-quatre heures du scrutin, ne tombons pas dans la provocation!"

