Gouvernement belge: peu d'alternatives après le "coup de force" flamand

BRUXELLES (AFP) — Les tensions communautaires sont plus vives que jamais en Belgique au lendemain du coup de force des Flamands au Parlement même si les partis des deux camps, qui ont suspendu les négociations pour former un gouvernement, semblaient prêts à les reprendre faute d'alternative.

Le roi Albert II devait recevoir à partir de 13h30 (12h30 GMT) le leader chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, qui tente depuis cinq mois de former un gouvernement.

Beaucoup de francophones le jugent responsable du clash de mercredi, lorsque les députés flamands ont usé de leur majorité pour approuver en commission une limitation des droits électoraux des francophones vivant dans la périphérie flamande de Bruxelles.

Pour autant, il n'était pas certain que le roi le décharge de sa mission, qui marque sa deuxième tentative après un premier échec en août.

Les chrétiens-démocrates flamands d'Yves Leterme, alliés aux nationalistes de la NVA, sont sortis en tête des législatives du 10 juin et restent mathématiquement incontournables.

Une fois la pression retombée après le coup d'éclat de mercredi, les négociations pourraient donc reprendre, avec les mêmes acteurs, c'est-à-dire les partis chrétiens-démocrates et libéraux tant flamands que francophones, selon les divers analystes interrogés par les médias belges.

Le gouvernement fédéral belge doit selon la loi être composé d'un nombre égal (7) de ministres flamands et francophones et d'un Premier ministre censé être "neutre" mais traditionnellement flamand depuis 30 ans.

Pour la presse francophone, une chose est claire: cinq mois après les législatives, "une certaine Belgique est morte" et il y a rupture "historique", faisant fi de la tradition du "compromis à la belge", qui a permis la coexistence pacifique des six millions de Flamands (néerlandophones) et des 4,5 millions de francophones qui vivent en Belgique.

La presse néerlandophone, elle, se félicitait de l'audace des députés flamands, même si son plus gros tirage, Het Laatste Nieuws, soulignait que le vote aurait surtout pour conséquence de reporter de plusieurs mois toute solution au problème " BHV ".

L'adoption par les Flamands, en commission de l'Intérieur de la Chambre, d'une proposition de loi scindant le seul arrondissement électoral bilingue du pays, celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde, alors que les francophones avaient quitté la salle, n'aura en effet pas de conséquence immédiate pour les francophones vivant en périphérie flamande de Bruxelles.

Les partis francophones ont promis de déclencher vendredi une procédure, dite du "conflit d'intérêt", qui fera transiter durant des mois le texte litigieux par des comités de concertation réunissant des élus du parlement fédéral et des parlements régionaux.

Composée de Bruxelles, ville francophone à 85%, et de 35 communes de sa banlieue situées en Flandre, l'arrondissement de "BHV" permet actuellement aux quelque 120.000 habitants francophones de la périphérie flamande de la capitale de voter pour des candidats francophones bruxellois lors des législatives.

Les Flamands, qui jugent cette disposition contraire à l'esprit du fédéralisme belge, qui prévoit des régions unilingues (Bruxelles excepté), en avaient fait leur priorité dans les négociations pour la formation d'un gouvernement.