Villiers-le-Bel: une quarantaine d'interpellés, 18 mis en examen, 11 écroués

CERGY (AFP) — Cinq jours après l'opération de police d'ampleur menée lundi à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) qui avait permis d'interpeller près d'une quarantaine d'individus, 18 personnes ont été mises en examen et 11 écrouées dans les différents volets de l'enquête.

Cette opération médiatisée et controversée qui a mobilisé plus d'un millier de policiers visait à retrouver les auteurs des violences survenues les 25 et 26 novembre à la suite de la mort de deux adolescents dans la collision de leur mini-moto avec un véhicule de police.

Vendredi pour la première fois depuis le coup de filet de lundi, quatre personnes ont été mises en examen dont trois écrouées dans le volet de l'enquête portant sur les tirs de coup de feux contre les forces de l'ordre en bande organisée.

Auparavant, trois personnes ont été mises en examen et écrouées pour tentative de meurtre dans l'enquête sur l'agression de Jean-François Illy, le commissaire de Sarcelles qui avait été roué de coups après s'être rendu sur les lieux de la collision mortelle.

Cinq personnes ont été mises en examen dont trois incarcérées pour le caillassage des forces de l'ordre, des faits qui relèvent de la correctionnelle. Six ont été mises en examen, dont deux écrouées, pour les incendies d'une bibliothèque, d'une école ou de la voiture de police du commissaire de Sarcelles.

Parmi ces cinq dernières personnes mises en examen figure le frère de Lakamy, 16 ans, l'un des deux adolescents morts à mini-moto. Il a été laissé libre pour l'incendie d'une voiture de police.

Marie-Thérèse de Givry a estimé vendredi que l'enquête, qui s'annonçait "difficile", avait "permis d'obtenir des résultats et d'élucider des faits criminels et correctionnels".

Evoquant le volet de l'enquête sur les tirs de coups de feux, elle avait prévenu mercredi devant la presse: "Ce qui compte ce n'est pas les individus mis hors de cause, c'est que ce dossier difficile s'enrichit et progresse."

La procureure avait ainsi souligné le fait que l'enquête ne se terminait pas à l'issue des gardes à vue des interpellés de lundi et qu'il pourrait y avoir d'autres interpellations dans les jours ou les semaines à venir.

"Une vingtaine de mises en examen pour une quarantaine d'interpellés, c'est un ratio normal dans ce genre d'enquête", estime pour sa part l'avocate Ariane Lachenaud qui défend plusieurs inculpés dans les enquêtes sur les tirs de coup de feux et sur l'agression du commissaire de police.

Selon des sources policières interrogées par l'AFP, l'enquête s'est basée avant tout sur des témoignages anonymes, avec promesse de rétribution, émanant "de caïds", qui "se sont révélés déterminants".

Trois de ces témoignages ont permis de cibler les objectifs, selon ces enquêteurs qui admettent qu'ils étaient "plutôt à court" côté éléments matériels.

S'efforçant de désamorcer d'éventuelles réactions de colère à Villiers-le-Bel, vendredi la procureure de Pontoise avait convié à s'exprimer l'avocat d'un des prévenus, Me Morad Falek, et avait autorisé les "grands frères" de Villiers-le-Bel, présents en nombre au tribunal, à assister à sa conférence de presse.

Elle a souligné que 11 seulement sur 18 mis en examen avait été écroués "ce qui veut bien dire que (...) la détention qui a été requise dans les différentes procédures l'a été avec discernement".

La procureure a assuré qu'il n'y avait pas de "justice à deux vitesses", et que l'enquête sur la mort des deux jeunes "se (poursuivait) activement". Deux expertises, l'une sur le véhicule, l'autre sur les conversations des policiers, sont en cours.