BOBIGNY (AFP) — La passagère handicapée grièvement brûlée dans l'incendie d'un bus à Sevran lors des émeutes de novembre 2005 n'était pas présente lundi à l'ouverture du procès devant la cour d'assises des mineurs de Seine-Saint-Denis de deux des trois incendiaires présumés.
Avant le procès, qui se déroule jusqu'à mercredi sous publicité restreinte, cette femme alors âgée de 58 ans, brûlée au deuxième degré sur 30% de la surface du corps, avait fait savoir qu'elle avait "tourné la page".
Selon une source judiciaire, elle "ne souhaite plus s'exprimer sur cet épisode" qui lui a valu plusieurs mois d'hospitalisation et une incapacité totale de travail (ITT) de trois mois.
Comme attendu, elle ne s'est pas portée civile. Seul Mohamed Tadjer, le chauffeur du bus brûlé aux mains en l'aidant à sortir du véhicule en feu in extremis, l'a fait lundi matin, a précisé cette source.
Les deux accusés, mineurs au moment des faits mais maintenant âgés de 18 et presque 20 ans, détenus à Fleury-Mérogis, sont soupçonnés d'avoir pris une part active à l'incendie, ce qu'ils nient.
Ils encourent vingt ans de prison pour "dégradations d'un bien par substances incendiaires" ayant entraîné une ITT supérieure à huit jours pour la passagère, et inférieure à huit jours pour le chauffeur.
Le 2 novembre 2005, au début des violences dans les banlieues, une vingtaine de jeunes encagoulés avaient stoppé le véhicule près de la gare de Sevran-Beaudottes, puis l'avaient caillassé et incendié.
La femme handicapée, qui marchait avec des béquilles, avait glissé sur l'essence répandue à l'intérieur. Ses vêtements s'étaient embrasés lorsque un ou plusieurs jeunes avai(en)t mis le feu au véhicule sans se rendre compte qu'elle y était restée bloquée, selon la source judiciaire. Tous les autres passagers étaient descendus.
L'enquête a progressé grâce à plusieurs témoignages sous X faits aux enquêteurs avec la promesse de rester anonymes dans la procédure. Elle a abouti à la mise en cause de quatre mineurs, dont l'un a bénéficié d'un non-lieu.
Le troisième mineur, soupçonné d'avoir déversé l'essence, a été condamné le 12 juillet à quatre ans de prison, dont 41 mois avec sursis et mise à l'épreuve, par le tribunal pour enfants de Bobigny. Il était trop jeune (14 ans) pour être renvoyé devant des assises.
Cité à témoigner, ce jeune sous suivi judiciaire ne s'est pas présenté au tribunal. Un mandat d'amener a été délivré lundi contre lui, ainsi qu'à l'encontre d'un deuxième témoin, également absent.
La première journée d'audience a été consacrée à la personnalité des deux accusés.
Le plus jeune, détenu depuis mars 2006, vivait avec sa mère en 2005 et suivait une formation en carrosserie. Condamné à deux reprises pour vol et violences, il est considéré comme un "primo-délinquant".
Le plus âgé (il aura 20 ans en novembre) est un multi-récidiviste visé dans seize procédures (vols et violences notamment). Fin septembre 2005, un juge l'avait placé en foyer par mesure de sanction. Lors de sa mise en examen en mai 2006, il était déjà incarcéré pour d'autres faits. Pour Me Marcel Baldo, son défenseur, "il y a eu dans ce dossier beaucoup d'émotion mais il n'y a pas de preuves précises".
L'avocat général devrait requérir mardi après-midi, après les interventions des experts psychiatres. Le verdict est attendu mercredi.
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