Zimbabwe: la Banque centrale veut geler prix et salaires

HARARE (AFP) — La Banque centrale du Zimbabwe a appelé à un gel des prix et des salaires pendant une période d'au moins six mois afin de lutter contre l'hyperinflation, a rapporté vendredi le quotidien d'Etat The Herald.

"Les Zimbabwéens doivent réaliser que le pays est pratiquement dans un état d'urgence socio-économique", a déclaré au journal le gouverneur de la Banque centrale, Gideon Gono, appelant une nouvelle fois à geler salaires et prix.

Pour faire face à une inflation démesurée, la Banque centrale a dévalué de dix zéros sa monnaie et devait introduire vendredi des billets d'un dollar pour remplacer ceux de dix milliards de dollars.

Le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a estimé dans un communiqué "qu'aucun bricolage avec la monnaie ne résoudra la crise au Zimbabwe". "Tant que la production restera à l'arrêt, le pays tournera en rond", a ajouté le parti.

Le Congrès des syndicats zimbabwéens (ZCTU) a menacé la Banque centrale de représailles si elle mène à bien le gel des salaires. "Les travailleurs sont prêts à marcher sur les bureaux de la Banque et à y camper même si cela signifie prendre le contrôle de la Banque", a déclaré le secrétaire général de la ZCTU Wellington Chibebe dans un communiqué.

"Le gouverneur sait très bien que geler les salaires n'a rien à voir avec l'inflation. Il sait aussi que la productivité ne peut être bonne qu'à condition de rémunération adéquate", a-t-il ajouté.

L'hyperinflation atteint désormais officiellement 2,2 millions de pour cent en taux annuel mais dépasserait en fait les 10.000.000%. Les prix grimpent de 30 à 40% chaque jour dans ce pays d'Afrique australe, où 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

En octobre 2007, M. Gono avait pourtant estimé que les mesures de contrôle des prix imposées unilatéralement par le gouvernement à plusieurs reprises avaient conduit à "l'anarchie", en aggravant les pénuries déjà endémiques.

A ce marasme économique s'ajoute depuis un mois une paralysie politique du pays. Le pouvoir et l'opposition se sont engagés le 21 juillet à négocier un partage du pouvoir pour débloquer la situation au Zimbabwe, paralysé depuis la réélection controversée fin juin du président Robert Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir.

Ces discussions ont été suspendues mardi mais devraient reprendre dimanche.