Chahuté en Bourse, le Fonds de réserve des retraites a un avenir incertain

PARIS (AFP) — Frappé par la crise financière, le Fonds de Réserve des Retraites a perdu 10% de sa valeur depuis le début de l'année, une performance meilleure que la Bourse mais qui met à mal l'institution au moment où le gouvernement songerait à puiser dans ses caisses pour freiner la dette.

"Une gamelle en Bourse de 3 milliards pour la cagnotte des retraités" titrait cette semaine Le Canard enchaîné en annonçant un recul de 10% des actifs du Fonds de Réserve des Retraites (FRR), passés en trois mois de 34,5 milliards à 31,4 milliards d'euros.

Une information non démentie par le Fonds et confirmée par une note interne aux membres du conseil du surveillance, citée dans La Tribune de vendredi. La direction financière y reconnaît qu'"après un tel départ, l'année 2008 risque de se solder par une performance négative du Fonds, et ce pour la première fois de son existence. Il faudrait un rebond très marqué des marchés actions d'ici à la fin de l'année pour rétablir une performance positive".

L'institution, créée en 1999 par Lionel Jospin pour assurer la pérennité des régimes de retraite du privé, avait pourtant connu jusqu'à la fin de l'année 2007 une performance moyenne de 8,8%.

Sa forte exposition en actions expliquerait son mauvais rendement de début d'année. D'autant que le FRR a décidé en octobre dernier d'augmenter la part des actions dans son portefeuille à 64,5% (contre 60% auparavant) "considérant à l'époque, comme de nombreux analystes, qu'une possibilité de rebond existait", explique une note interne.

Mais le rebond n'a pas eu lieu. Pire, les Bourses ont continué à chuter au gré des rebondissements de la crise financière, la place de Paris perdant près de 17% au cours des trois premiers mois de l'année.

Le Fonds des Retraites aurait-il eu une gestion imprudente ? "Pour un fonds à long terme, ce n'est pas particulièrement téméraire d'investir majoritairement en actions, car leur performance est souvent meilleure", estime au contraire Jean-Louis Mourrier, stratégiste chez Aurel.

Le FRR est un "investisseur de long terme" qui ne devra vendre ses actifs que progressivement à partir de 2020, répètent en effet ses administrateurs. "Et d'ici 12 ans, la Bourse finira bien par remonter, ou c'est à désespérer du capitalisme", plaisante Bernard Devy, membre (FO) du conseil du surveillance.

"Une perte sur un trimestre pour un fonds de pension qui a un horizon de 12 ans, c'est un épiphénomène", ajoute Jean-Louis Mourrier.

"Le Canard enchaîné donne des arguments à ceux qui veulent éliminer le Fonds de Réserve des Retraites", regrette pour sa part Jean-Paul Bail, membre (CFDT) du Conseil de surveillance.

"Aujourd'hui, la tentation est grande de s'approprier les fonds du FRR pour d'autres fins que celles pour lesquelles il était prévu, comme par exemple le désendettement de la France", estime-t-il.

C'est actuellement la grande inquiétude des syndicats qui avaient écrit au président de la République en janvier pour défendre l'institution. Ils craignent en effet que le gouvernement veuille le supprimer, ou du moins puiser dans ses réserves alors que le déficit de l'assurance vieillesse se creuse.

La mission du FRR semble en effet affaiblie depuis quelques années. Il avait pour objectif initial de cumuler 150 milliards d'euros d'ici 2020, ce qui paraît aujourd'hui hors de portée faute de ressources suffisantes.

Prévu pour être abondé par les recettes venues des privatisations, une règle non respectée ces dernières années, le fonds ne reçoit guère qu'1,7 milliard d'euros par an, grâce à un prélèvement social sur les revenus du patrimoine et de placement.

"Plutôt que de le supprimer, il faut l'abonder", estime M. le Bail. "D'autant que sa rentabilité reste bonne, malgré ce qui vient d'arriver."