Belgique: l'hospitalisation d'Yves Leterme crée de nouvelles incertitudes

BRUXELLES (AFP) — Les graves ennuis de santé du futur Premier ministre désigné de Belgique, Yves Leterme, plongent de nouveau le pays dans l'incertitude politique au moment où des négociations cruciales devaient s'engager sur l'autonomie renforcée réclamée par les Flamands.

Vendredi, M. Leterme, 47 ans, était toujours en soins intensifs à l'hôpital universitaire de Louvain, près de Bruxelles, selon son porte-parole, qui a précisé que les problèmes du chef de file des chrétiens-démocrates flamands avaient été "stabilisés". Il y avait a été admis jeudi.

Yves Leterme, qui souffre d'une "hémorragie interne du système gastro-intestinal", dont la cause n'est pas précisée, devrait rester dans ce service en principe jusqu'à samedi. La durée de son hospitalisation restant, elle, encore indéterminée.

Une telle hémorragie peut être provoquée par une cinquantaine de maux différents, "des plus bénins aux plus sérieux", a souligné vendredi un spécialiste dans la presse belge.

En attendant d'être fixé sur son sort et alors que le conseil des ministres s'est réuni sans lui, M. Leterme a examiné avec "un ou deux collaborateurs" les conséquences pratiques de son absence.

Officiellement, le calendrier serré qui doit mener à la passation de pouvoir, le 23 mars, entre Guy Verhofstadt, chef du gouvernement provisoire mis en place à la mi-décembre pour sortir de l'impasse politique, et Yves Leterme, n'est pas remis en cause.

Le plus urgent, les négociations pour la confection d'un budget 2008 déjà très en retard, se poursuivront en l'absence de M. Leterme, qui est à la fois ministre du Budget et de la réforme institutionnelle, avec rang de vice-Premier ministre.

Mais pour le politologue Pierre Verjans, il faudra tout de même "tout reprendre à zéro" si Yves Leterme "ne revient pas dans les prochains jours".

Sa mise hors-jeu, si elle se prolongeait, risque surtout d'hypothéquer la grande priorité du gouvernement: la mise sur les rails d'une réforme de l'Etat pour mettre un terme définitif à la crise sans précédent dans laquelle la Belgique est plongée depuis les élections législatives du 10 juin 2007.

Partisan d'un transfert important de compétences de l'Etat central vers la Flandre, le chrétien-démocrate était arrivé en tête de ces élections.

Mais il a ensuite échoué dans ses tentatives de former une coalition gouvernementale, du fait de l'opposition entre Flamands (60% de la population) et francophones (40%), ces derniers se méfiant de lui et redoutant un éclatement du royaume en cas de concessions trop importantes.

A la suite d'un accord intervenu en décembre entre cinq partis, qui ont remis en selle pour trois mois le Premier ministre sortant Guy Verhofstadt, M. Leterme dirige de discrètes négociations multipartites chargées de trouver un compromis entre les deux grandes communautés.

"Il a, semble-t-il, avancé sur certains dossiers, mais sans avoir encore abordé les sujets qui fâchent", souligne le politologue Pierre Vercauteren.

Alors que la tension était remontée ces derniers jours entre les partis, l'état de santé de M. Leterme a quelque peu calmé les esprits.

"S'il revient vite, le calendrier devrait être respecté, à un ou deux jours près. Sinon, il risque d'y avoir un jeu de chaises musicales", explique M. Vercauteren.

Le journal La Libre Belgique évoquait vendredi la possibilité d'une prolongation du mandat de Guy Verhofstadt, son remplacement par un autre chrétien-démocrate flamand qu'Yves Leterme, ou encore par le ministre des Finances, le libéral francophone Didier Reynders.

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