Syd Matters, la folk loin de la planète starlettes

PARIS (AFP) — A "des milliards de kilomètres" de la planète starlettes, le Français Jonathan Morali, le leader du groupe Syd Matters, continue de creuser, dans l'intimité de sa chambre et sur scène, le sillon d'une folk mélodique et atmosphérique.

Depuis qu'il a été révélé en 2003 par la première édition du concours CQFD des Inrockuptibles, le Parisien a grandi, au fil de trois albums, dont le dernier, "Ghost Days", est sorti en janvier. Il le présente actuellement sur scène avec ses quatre musiciens lors d'une tournée en France, Suisse et Belgique.

"Les +jours fantômes+, ça résume bien ces jours où je passe du temps tout seul dans ma chambre, avec l'impression que l'univers se réduit à cet espace", explique-t-il à l'AFP.

Pour raconter ces "jours fantômes", il utilise des mélodies soignées, à l'allure folk empreinte de modestie mais habillée d'orchestrations d'ampleur.

Il a des modèles, Nick Drake pour la folk, Pink Floyd ("Syd Matters" fait référence au premier guitariste du Floyd, Syd Barrett) et Radiohead, pour les "orchestraux".

De ces maîtres méticuleux il a adopté le perfectionnisme, mais pas le goût du labeur sans fin, en dépit d'une propension à camper dans sa chambre la guitare à la main.

"Au lieu de nous réécouter 10.000 fois à la recherche de l'équilibre parfait des chansons, on a cherché la spontanéité, le vivant, cherché à faire quelque chose de complexe mais qui sonne évident", affirme-t-il.

Il ne récuse pas l'étiquette de "chanson mélancolique" qu'on lui accole souvent, et qu'il attribue principalement à sa voix. "Syd Matters avec un autre chanteur, ce ne serait pas tristounet", rigole-t-il.

Il a récemment trouvé l'occasion d'élargir son public grâce à une nomination aux Victoires de la musique. Syd Matters a été cité pour la bande originale du film de Nicolas Klotz, "La Question humaine", mais a été devancé par Eric Serra pour la musique de "Arthur et les Minimoys", de Luc Besson.

Morali et ses musiciens se sont sentis "comme le cousin de province mal sapé" lors de la soirée organisée le 8 mars.

"La cérémonie, pompeuse, est faite de telle sorte que tu te retrouves dans une situation où tu espères gagner, tu te prends au jeu, l'esprit de compétition naît, comme si tu étais en lice pour être employé du mois", reconnaît-il.

"Je le dis sans condescendance, mais la variété est un monde de starlettes, ajoute-t-il. Des vedettes qui ne se contentent pas de faire de la musique mais doivent aussi se coiffer comme il faut, plaire à la ménagère, passer chez Drucker. C'est un monde à des milliards de kilomètres du nôtre".