Avis favorable de la justice à l'extradition de l'ex-brigadiste Marina Petrella vers l'Italie

VERSAILLES (AFP) — La cour d'appel de Versailles s'est prononcé vendredi en faveur de l'extradition, demandée par l'Italie, de Marina Petrella, ancienne brigadiste arrêtée en août en France où elle vit depuis vingt ans.

Son avocate, Me Irène Terrel, absente à l'audience "en signe de protestation contre cette mascarade de justice", a informé l'AFP de son pourvoi en cassation contre cette décision.

Dans le cas où la plus haute autorité judiciaire confirmerait l'extradition, il reviendrait alors au Premier ministre de signer le décret d'extradition, qui pourrait ensuite être attaqué devant le Conseil d'Etat et éventuellement la Cour européenne des droits de l'Homme.

"Justice n'a pas été rendue... mais bon Noël à tous!", a clamé d'une voix forte Marina Petrella qui a entamé une grève de la faim depuis une semaine pour protester contre le troisième refus de libération qu'elle a essuyé.

Ancienne membre des Brigades rouges, Marina Petrella, 53 ans, a été arrêtée en août à Argenteuil (Val-d'Oise) et placée depuis sous écrou extraditionnel.

Elle a été condamnée en Italie en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué un commissaire de police et grièvement blessé son chauffeur, à Rome en 1981, ainsi que pour séquestration d'un magistrat, vol avec arme et attentats. Marina Petrella était réfugiée depuis les années 1980 en France "où elle vivait au grand jour", selon Me Terrel.

Dans la salle d'audience, une vingtaine de membres de son collectif de soutien ont vivement réagi à l'énoncé de la décision : quelques-uns ont revêtu un nez rouge, certains ont applaudi de manière ironique, d'autres enfin ont interpellé les magistrats de la chambre de l'instruction de la cour d'appel, parlant d'une "justice au service du petit César qu'est le chef de l'Etat français". Le groupe a quitté la salle en entonnant un chant de lutte italien.

"Depuis trois mois et demi que je suis incarcérée, j'ai déclaré en toute bonne foi ma disponibilité à la justice française", a déclaré Marina Petrella. "Je veux faire part maintenant de mon indignation contre ma détention : il y a là un déni d'asile qui porte atteinte aux garanties de protection assurée par la convention des droits de l'Homme".

L'ancienne brigadiste faisait partie des douze anciens militants d'extrême gauche condamnés pour crimes de sang en Italie, dont Rome avait demandé l'extradition à la France en octobre 2006 et parmi lesquels figurait également Cesare Battisti, arrêté le 18 mars à Rio de Janeiro (Brésil).

Tous avaient bénéficié de la "doctrine" ou "jurisprudence Mitterrand", l'engagement de l'ancien président de la République, pris en 1985, de ne pas extrader ces personnes à condition qu'elles renoncent à la violence, excluant toutefois les auteurs de crimes de sang. Cet usage non écrit a tenu jusqu'en août 2002, lorsqu'une première extradition a frappé l'un de ses bénéficiaires, Paolo Persichetti.

Mme Petrella travaillait comme assistante sociale dans le Val-d'Oise et vivait à Argenteuil, mariée à un Français avec qui elle a eu une fille, aujourd'hui âgée de dix ans. Elle bénéficiait, selon son avocate, d'un titre de séjour de dix ans. Elle est mère d'une autre fille, née en prison en Italie en 1983.