PEKIN (AFP) — L'excédent commercial de la Chine a décliné au premier trimestre, montrant de premiers signes d'essoufflement après des années de records irritants aux yeux de ses partenaires commerciaux.
Il a décru de près de 11% en glissement annuel, pour s'établir à 41,42 milliards de dollars, selon des chiffres des douanes publiés vendredi.
"L'excédent au premier trimestre a baissé, du rarement vu ces dernières années", a commenté Chen Jijun de CITIC Securities, qui y voit le premier impact du ralentissement des économies étrangères et de la hausse des cours mondiaux des matières premières.
Le solde commercial a effectivement été creusé notamment par l'augmentation de la facture pétrolière, qui a atteint un niveau sans proportion avec la hausse des volumes importés (+14,9%, 45,53 millions de tonnes).
"Rien que la hausse des prix du pétrole depuis le premier trimestre 2007 a enlevé quelque 10 mds de dollars d'excédent au premier trimestre 2008", estime Mark Williams de Capital Economics.
"La valeur du pétrole et du minerai de fer (importés) a presque doublé sur un an au premier trimestre", pour de modestes augmentations des volumes, relève aussi Stephen Green, de Standard Chartered.
Le surplus commercial a également connu une forte baisse en février liée à des facteurs exceptionnels, comme les intempéries du début d'année qui ont causé l'arrêt de la production de nombreuses usines.
Avec ce creux de février, sur les trois premiers mois de l'année 2008, le rythme de progression des importations (+28,6%) a été supérieur à celui des exportations (21,4%).
"Et cela pourrait bien durer le reste de l'année puisque le gouvernement a accru ses efforts pour stimuler la demande intérieure", qui tire à la hausse les importations, a indiqué Tang Sumei de Moody's Economy.com.
Pourtant, en mars la tendance est inverse, avec des exportations bondissant de 30,6%, pour des importations en hausse de 24,6%. Sur ce seul mois, l'excédent a pratiquement doublé (+95%), atteignant 13,4 mds USD.
"Il reste inférieur à la moyenne mensuelle en 2007 (qui était) de 22 mds", note néanmoins Shi Lei, de TX Investment Consulting.
Chen Jijun estime en outre que le bond des exportations en mars est dû aux exportations "différées" par les tempêtes et les vacances du Nouvel An chinois. "Nous ne devons pas être trop optimistes face à la hausse" de mars, souligne-t-il.
"Il y a manifestement des facteurs négatifs pour les exportations chinoises: le ralentissement des économies étrangères, la hausse du coût du travail en Chine et des prix, l'appréciation du yuan", ajoute-t-il.
Aussi pour Zhang Min, d'un institut dépendant de l'Académie des sciences sociales, "les exportateurs (en Chine) ont-ils de plus en plus de mal à faire jouer la carte concurrentielle des prix bas".
Le yuan a franchi jeudi le cap des 7 yuans contre le dollar, ce qui représente une appréciation de plus de 16% depuis sa réévaluation de juillet 2005.
Mais pour Mark Williams, "rien ne montre que les exportateurs chinois souffrent d'un ralentissement global".
L'économiste voit dans la bonne tenue des importations le signe "d'une accélération de la demande intérieure" et estime que "finalement la stagnation de l'excédent prouve la force (de l'économie) en Chine même, plutôt que la faiblesse ailleurs".
"Il semble que la question des déséquilibres commerciaux commence à s'améliorer", approuve Tang Sumei de Moody's.
Grâce à son secteur manufacturier, la Chine est devenue en 2004 le troisième exportateur mondial, puis a accédé au rang de numéro deux.
Son commerce a notamment été propulsé par son accession à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) fin 2001, avec une progression annuelle moyenne de plus de 20% de ses exportations dans les cinq ans qui ont suivi.
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