PARIS (AFP) — Les salariés du Monde observent lundi une grève historique avec non-parution du journal alors que la tension monte dans le groupe, après l'annonce par la direction d'un plan de redressement prévoyant 130 suppressions d'emplois au quotidien et des cessions de magazines.
La grève votée par une très large majorité de salariés va "être très dure", a averti jeudi Maurice Hadida, délégué CGT du Monde, lors d'une assemblée générale du pôle magazine du groupe.
Depuis la création du journal en 1944, les journalistes n'ont posé leur stylo qu'une seule fois, en 1976, pour protester contre la mainmise du groupe Hersant sur France-Soir, a indiqué à l'AFP le président du directoire du Monde, Eric Fottorino.
Mais cette grève s'inscrivait dans un mouvement concernant l'ensemble des rédactions parisiennes, selon l'historien de la presse Patrick Eveno, pour qui les journalistes du Monde n'ont brandi la menace d'une grève pour des raisons internes qu'à deux reprises en 1951 et 1984. Et ces deux mouvements ont été finalement suspendus.
C'est l'annonce, il y a une semaine, par le directoire de la mise en place d'un plan de redressement drastique qui a mis le feu aux poudres.
Confronté à une situation déficitaire et à un lourd endettement, le directoire a présenté une série de mesures visant à restaurer l'équilibre du quotidien et de ses suppléments à échéance 2010.
Le plan prévoit la suppression de 130 emplois à la Société éditrice du Monde (SEM), dont 85 à 90 journalistes, soit le quart de la rédaction.
Pour la première fois dans l'histoire du titre, la direction a annoncé que ces suppressions de postes ne se feraient pas seulement par des départs volontaires, mais aussi par des départs contraints.
Le plan prévoit également la cession d'entités "déficitaires ou non-stratégiques", totalisant 170 emplois : Fleurus Presse (presse jeunesse), les Editions de l'Etoile (société éditrice des Cahiers du Cinéma), le mensuel Danser et le réseau de librairies spécialisées en littérature religieuse La Procure.
Il sera mené de façon la plus "efficace" et "équitable" possible, a assuré M. Fottorino, qui a déclaré "regretter" le mouvement de grève.
Vendredi après-midi lors d'un comité d'entreprise (CE) extraordinaire, la direction a remis aux représentants des salariés un document "très détaillé" sur la réorganisation de la rédaction et de l'entreprise.
Mais, elle a "refusé toute concession" et "confirmé la procédure de départs contraints", que les syndicats jugent "inacceptable".
Lundi, les salariés ont prévu de se retrouver dès 10H00 en assemblée générale pour en débattre, alors que le calendrier devrait rapidement s'accélérer.
Dès le lendemain, la direction compte entamer la procédure d'information-consultation sur le plan, lors d'un CE extraordinaire. Après celui-ci, elle devrait rapidement s'exprimer devant les salariés.
Parallèlement, la tension est montée d'un cran au pôle magazine.
Jeudi soir, les salariés se sont mis en grève pour protester contre le refus de la direction de publier dans les hebdomadaires du groupe (Télérama, La Vie et Courrier International) un texte dans lequel ils motivaient leur rejet du plan.
Salariés et direction sont finalement parvenus à un compromis vendredi en milieu de journée. Dans les prochains numéros des trois magazines figureront des articles rédigés par des journalistes, expliquant la situation et intégrant des déclarations de l'intersyndicale.
Les syndicats de journalistes appellent par ailleurs à un rassemblement lundi à 11h30 devant Le Monde, afin de soutenir l'ensemble des salariés du groupe.
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