L'autonomie des universités se met lentement en place

PARIS (AFP) — Un an après son vote le 11 août 2007, la loi sur l'autonomie des universités s'installe dans le paysage universitaire français, lentement mais "durablement" selon le gouvernement, avec des résistances dans les rangs syndicaux voire au sein de la haute administration.

La loi "libertés et responsabilités des universités" (LRU) prévoit que, d'ici 2012, toutes les universités accèdent à l'autonomie en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines et qu'elles puissent, à leur demande, devenir propriétaires de leurs biens immobiliers.

"La loi s'installe durablement et grâce au volontarisme de la communauté universitaire. L'autonomie est en train de devenir une réalité un an après le vote de la loi voulue par le président de la République dès son arrivée, après avoir été différée pendant 20 ans", a estimé la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, dans une déclaration à l'AFP.

Comme le prévoyait la loi, tous les conseils d'administration, resserrés, avec à leur tête des présidents aux pouvoirs renforcés, ont été renouvelés avant le 11 août 2008.

Si la plupart des présidents ont été reconduits (un quart seulement sont nouveaux), les conseils ont eux été renouvelés en moyenne à 65%.

En outre, vingt premières universités ont été agréées en juillet pour devenir autonomes dès le 1er janvier 2009, bénéficiant à l'occasion d'une subvention exceptionnelle de 250.000 euros.

Comme il y a un an, syndicats d'enseignants et organisations étudiantes critiquent les risques que représente, à leurs yeux, la loi, en termes de "désengagement financier de l'Etat", de "privatisation" des universités ou de possibilité pour elles de ne mettre de l'argent que dans les filières qu'elles jugeront rentables.

Certaines mesures ont cristallisé les inquiétudes: la possibilité pour les universités de recourir à des fonds privés, celle offerte aux présidents de désigner les personnalités extérieures siégeant au conseil d'administration, et la création de fondations "partenariales" ou "universitaires".

A ce stade, deux ont été mises en place - une fondation universitaire (Clermont-Ferrand 1) et une partenariale (Lyon 1) - et 48 sont en projet.

La loi a fait "exploser les traditions universitaires françaises fondées sur la collégialité", déplore le Snesup-FSU, principal syndicat du supérieur, dans un communiqué à l'occasion de la première année de la loi.

Elle "structure et amplifie des inégalités avant tout sociales" et "y ajoute des inégalités territoriales fortes", dans une logique de concurrence entre universités, selon de syndicat.

Mme Pécresse estime de son côté que "les craintes" émises se sont "révélées infondées" car la loi "ne profite pas qu'à Paris mais à la France dans son ensemble" et "elle ne concerne pas que les +grosses+ universités car il y a toute une diversité représentée".

Selon certains dirigeants d'université, le risque d'inertie viendrait davantage de la haute administration, où existent des réticences à se voir dépossédé de la gestion quotidienne des emplois, du budget et de l'immobilier des universités.

Cette "nomenklatura est à l'oeuvre pour, à défaut de bloquer les réformes nécessaires, les rendre inopérantes rejoignant en cela des syndicalistes fatigués", a estimé ainsi, dans Libération, le président du regroupement d'universités Paris Universitas, Gilbert Béréziat.

L'ex-président de Paris-VI (Pierre-et-Marie-Curie), première université française citée dans le classement de Shanghaï (42e rang) déplore notamment le manque d'autonomie véritable en terme budgétaire et surtout immobilier.