Réforme des institutions: dissensions au PS

PARIS (AFP) — Les socialistes sont gênés aux entournures par la réforme des institutions: d'un côté ceux qui veulent absolument aboutir à un compromis avec le gouvernement et sa majorité, de l'autre ceux qui font la fine bouche.

Partisans depuis toujours d'une démocratisation et d'une parlementarisation de la Ve République, les députés PS attendront le dernier moment pour décider de leur vote, mardi, en fonction des gestes consentis ou non par le pouvoir pendant les débats.

Pour l'heure, "notre position souffre d'une certaine illisibilité", concède un membre du bureau national du PS.

Un raidissement est perceptible au sein du groupe, ce qui a conduit une quinzaine de députés à publier un appel à leurs collègues à rechercher activement "un compromis" avec la majorité.

Le PS "ne saurait se soustraire à ses responsabilités au moment où des progrès importants peuvent être obtenus", affirme le texte, publié dans Le Monde et signé par des députés en vue: Didier Migaud, président de la commission des Finances, Jean-Marie Le Guen, vice-président de l'Assemblée, des proches de Bertrand Delanoë comme Patrick Bloche.

Devant "l'importance de l'enjeu pour notre démocratie, les petits calculs politiques n'ont pas leur place à droite comme à gauche", soulignent les 17 signataires, dont l'initiative montre combien l'unité des socialistes est en péril sur ce sujet.

A leurs yeux, la réforme marque "un certain rééquilibrage des pouvoirs entre le Parlement et l'exécutif" et, au vu des retouches apportées, rien "ne donne des pouvoirs nouveaux au président de la République".

François Hollande et ses amis contestent que la réforme revalorise le parlement. Ils continuent de s'opposer à la rédaction proposée pour autoriser le chef de l'Etat à s'exprimer devant le Congrès (députés et sénateurs) à Versailles.

Comme la majorité du groupe, ils veulent arracher au gouvernement une réforme électorale du Sénat (où les zones rurales, très majoritairement de droite, sont surreprésentées), et une égalité du temps de parole audiovisuel entre majorité (chef de l'Etat compris) et opposition.

Leurs deux propositions de loi à ce sujet venant d'être rejetées coup sur coup, le député Bruno Le Roux, proche du premier secrétaire, s'est déclaré jeudi "plus que pessimiste".

"Le débat sur ces deux textes a fait éclater au grand jour l'absence de volonté de dialogue de la majorité", a-t-il déclaré à l'AFP, jugeant la réforme +invotable+ en l'état".

Selon lui, M. Sarkozy "est entré dans une stratégie consistant à rechercher la tension avec la gauche sur tous les sujets".

Un vote contre - brandi comme une menace par M. Le Roux - de presque tous les socialistes, communistes et Verts compromettrait l'adoption de la révision constitutionnelle au Congrès (3/5e des suffrages exprimés requis).