PARIS (AFP) — L'UE a proposé mardi à l'Ukraine d'élaborer un accord d'association en 2009, signe de sa volonté de rapprochement avec un pays fragilisé par le conflit en Géorgie et une crise politique interne, sans cependant s'engager sur son adhésion, lors d'un sommet à Paris.
Exprimant leurs "graves préoccupations" face à la crise en Géorgie, les présidents ukrainien et français Viktor Iouchtchenko et Nicolas Sarkozy se sont fixé pour objectif un "accord d'association" à l'horizon 2009. Dans une déclaration, ils ont souligné que l'Ukraine, "pays européen, partage avec les pays de l'UE une histoire et des valeurs communes".
Cet accord "laissera la voie ouverte à des développements progressifs supplémentaires dans les relations UE-Ukraine", mais reste flou sur l'ouverture de négociations d'adhésion que souhaiterait Kiev.
Le président Nicolas Sarkozy, qui assure la présidence de l'UE, a reconnu implicitement les divisions des 27 sur cette question, en déclarant devant la presse que "l'Union ne (l'avait) pas autorisé à prendre d'autre décision".
"Cet accord d'association ne ferme aucune piste (...) c'est le maximum où nous pouvions aller et je crois que c'est déjà un pas essentiel", a-t-il poursuivi.
M. Iouchtchenko de son côté s'est voulu résolument optimiste en parlant d'un sommet "historique", qu'il a jugé "le plus productif" de tous ceux tenus entre son pays et l'UE.
"C'est le premier pas d'un long chemin que tous les Etats qui sont devenus membres de l'Union ont eux-mêmes parcouru dans les années 90", a-t-il assuré.
Paris a dû déployer d'intenses efforts pour parvenir à cette déclaration finale face aux profondes divisions entre les pays européens désireux d'ouvrir une perspective d'adhésion à Kiev (Pologne, pays baltes, Grande-Bretagne, Suède, République tchèque) et ceux qui y sont réticents (Allemagne et Bénélux en particulier).
Depuis la victoire de la "révolution orange" de 2004, Kiev milite pour un rapprochement rapide avec les Occidentaux, qu'il s'agisse de l'UE ou de l'Otan. La crise géorgienne a relancé ces pressions, l'Ukraine redoutant que les ambitions russes ne menacent désormais sa presqu'île de Crimée, peuplée en majorité de russophones.
L'importance des réformes encore à accomplir dans ce pays, la volonté de ne pas braquer Moscou et la vive crise politique qui oppose actuellement le président Iouchtchenko à son Premier ministre Ioulia Timochenko ont toutefois renforcé les arguments des partisans de la prudence au sein de l'UE.
L'ombre du dossier géorgien, dans lequel le président ukrainien soutient son homologue Mikheïl Saakachvili, n'a pas manqué de peser sur ce sommet, au lendemain de la visite à Moscou puis Tbilissi de M. Sarkozy avec le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, aussi présent à Paris.
Alors que Kiev s'inquiète de tensions possibles avec Moscou sur sa presqu'île de Crimée, peuplée en majorité de russophones, M. Sarkozy a souligné que l'intégrité territoriale de l'Ukraine était pour l'UE "parfaitement non négociable".
Il a toutefois ajouté que lors de ses discussions la veille avec son homologue russe Dmitri Medvedev "rien ne m'a laissé penser que le problème se posait".
Dans une déclaration commune sur la Géorgie, l'UE et l'Ukraine se sont déclarées mardi "gravement préoccupées" par le conflit entre la Russie et ce pays, et ont rappelé qu'une solution "durable et pacifique" devait être "fondée sur le plein respect des principes d'indépendance, de souveraineté et d'intégrité territoriale".
"Nous avons besoin de sang froid en Europe, et pas d'une guerre froide", a renchéri M. Barroso.
Prévu à Evian (France), sur les rives du lac Léman, ce sommet s'est tenu finalement au palais de l'Elysée, Paris invoquant des raisons pratiques après des entretiens lundi à Moscou et Tbilissi plus longs que prévu.
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