Erick Zonca: montrer "une alcoolique qui kidnappe un gamin faisait peur"
BERLIN (AFP) — "Mon sujet, une femme de 45 ans alcoolique qui kidnappe un gamin, faisait peur", raconte dans un entretien à l'AFP, le réalisateur Erick Zonca, en compétition à la Berlinale avec "Julia" qui a été "très difficile à monter financièrement".
Dix ans ont passé depuis le premier film d'Erick Zonca, "La vie rêvée des anges", le portrait réaliste, désenchanté et bouleversant, filmé caméra à l'épaule, de deux filles à la limite de la marginalité et de la misère.
Succès de l'année 1998 malgré un thème difficile, cette oeuvre d'un inconnu de 42 ans avait révélé deux jeunes comédiennes, Natacha Régnier et Elodie Bouchez, lauréates ex-aequo du Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes.
Qu'était devenu Zonca qui, depuis, n'a signé que "Le petit voleur", un téléfilm pour la chaîne franco-allemande Arte?
"Il y a eu la vie, d'abord..." explique, un large sourire aux lèvres, le réalisateur, "et puis j'ai mis du temps à écrire +Julia+, quatre ou cinq ans, avec ma collaboratrice Aude Py".
"Ensuite, le film a été très difficile à monter financièrement. J'avais d'autres projets sous le coude mais je tenais à faire celui-là et il a pris du temps", poursuit Zonca, regard lumineux et chevelure poivre et sel, qui a vécu aux Etats-Unis pendant trois ans.
Même si "Julia" n'a coûté que quatre millions d'euros, un budget raisonnable pour un tournage dans deux pays, Etats-Unis et Mexique, les producteurs étaient "très réticents", raconte Zonca, face au projet d'un film en anglais, sans comédiens français, d'une durée supérieure à deux heures.
"Mon sujet, une femme de 45 ans alcoolique qui kidnappe un gamin, faisait peur: j'avais beau parler d'un film lumineux, les gens imaginaient tout de suite quelque chose de glauque!", dit-il.
Un jour, alors qu'il est en pleine écriture, Zonca aperçoit dans un documentaire consacré au photographe Helmut Newton, une femme rousse au volant d'une belle voiture dans les rues de Los Angeles... "C'est +Julia+!" se dit-il.
"Ce personnage de grande rousse flamboyante s'est imposé": avec Tilda Swinton "que je voulais absolument pour ce rôle, nous avons fait des essais de perruques. Je l'imaginais avec ses grandes jambes, marchant sur de hauts talons".
"Je connaissais une Tilda réservée, un peu glacée, mais je suis allée la voir en Ecosse et j'ai découvert une très grande gueule!", s'amuse-t-il.
Il ne tarit pas d'éloges sur sa comédienne, Tilda Swinton.
Celle-ci porte en effet le rôle de "Julia" de bout en bout avec un jeu très brut, à fleur d'émotions, qui rappelle celui de Gena Rowlands chez John Cassavetes, le réalisateur préféré d'Erick Zonca, "avec Pialat", dit-il. Une référence proclamée jusque dans le titre, car "Julia" s'inspire de "Gloria", signé par Cassavetes en 1980.
"Tilda fait entièrement confiance au réalisateur. Je lui ai dit: +On va surjouer+, et elle s'est lâchée: je voulais que le corps s'exprime, et une fois qu'elle a trouvé le ton, ce n'était plus qu'une question de dosage", dit Zonca.
"Elle est étonnamment libre avec sa propre image, elle est prête à jouer tout ce en quoi elle croit, sans frein, sans pudeur."

