Liquides dans les avions: les eurodéputés pour un assouplissement des règles

STRASBOURG (AFP) — Les eurodéputés ont réclamé mercredi une révision des règles sur les liquides autorisés dans les sacs en cabine des passagers aériens, critiquant le coût des confiscations et exprimant des doutes sur l'amélioration de la sécurité.

Dans une résolution votée mercredi en assemblée plénière, le Parlement européen "demande à la Commission européenne de procéder d'urgence à la révision du règlement et, si aucun fait concluant supplémentaire n'est présenté, d'abroger ce règlement" antiterroriste sur l'introduction de liquides dans les aéronefs.

L'UE avait introduit en novembre 2006 ces restrictions sur les liquides et autres gels autorisés en bagage à main, dans la foulée de la mise au jour en août par Londres d'un complot terroriste présumé destiné à faire sauter en vol des avions assurant des liaisons transatlantiques au moyens d'explosifs liquides.

Ces restrictions prévoient notamment que les passagers voyageant au départ de l'UE, mais aussi de la Norvège, de la Suisse et de l'Islande, ne puissent plus prendre en cabine que des flacons ou des tubes d'une contenance n'excédant pas 100 ml. Des aménagements sont prévus pour les produits détaxés.

Le règlement a donné lieu à de véritables montagnes de produits liquides confisqués aux portiques des aéroports de l'UE, ainsi qu'à une avalanche de récriminations.

Trois tonnes de produits sont ainsi récoltées chaque jour à l'aéroport de Francfort (deuxième aéroport en nombre de passagers de l'UE après Heathrow), essentiellement des boissons, a indiqué un porte-parole à l'AFP.

Fin août, les pèlerins du vol inaugural Rome-Lourdes d'une compagnie aérienne affrétée par le Vatican se sont vus par exemple confisquer leur eau bénite par les douaniers français.

"Des millions d'euros sont détruits dans les aéroports, sans réel gain en matière de sécurité", dénonce le député conservateur allemand Georg Jarzembowski, dont l'amendement réclamant une éventuelle "abrogation" a été adopté par les eurodéputés. Il argue que "la dangerosité des liquides ne peut pas être contrôlée, seulement les quantités".

Dans sa résolution, le Parlement européen se dit "favorable à toute mesure de sécurité qui protège l'aviation contre les risques terroristes et qui, sans être disproportionnée, permet de limiter les risques au maximum de manière réaliste".

Néanmoins les eurodéputés soulignent que "le contrôle de la présence de liquides dans les bagages à main à l'aide de dispositifs à rayons X ne permet pas de détecter la présence d'explosifs dans les liquides".

Le Parlement européen craint dans ces conditions que les surcoûts engendrés pour les passagers et les aéroports "ne dépassent de loin l'amélioration de la sécurité" découlant de l'application du règlement européen.

Pour l'espagnol libéral Ignasi Guardans, "les mesures sont disproportionnées et manquent de transparence". Les députés s'inquiètent en particulier du caractère secret d'une annexe du règlement, laissée au pouvoir discrétionnaire des Etats membres, et dont ils réclament la publication.

M. Guardans -qui dénonce la rapidité avec laquelle l'UE a approuvé le règlement sur la seule base d'un rapport de la police britannique- menace dans le cas contraire de saisir la justice européenne.

Le rapporteur de la résolution, le libéral italien Paolo Costa, juge qu'il "n'est pas utile de dire aux terroristes quelle va être la stratégie suivie". "En réagissant de matière émotive, nous jouons le jeu des terroristes qui sont ceux qui fixent les règles", critique-t-il.