Le Monde: la direction et la la Société des rédacteurs tentent de renouer le dialogue

PARIS (AFP) — Le directoire démissionnaire du journal Le Monde et la Société des rédacteurs (SRM), actionnaire de référence, ont renoué le dialogue jeudi, pour tenter de trouver une solution à cette deuxième crise de gouvernance en six mois, dont ils se rejettent la responsabilité.

Les trois membres du directoire du Monde, Pierre Jeantet, Bruno Patino et Eric Fottorino, ont présenté leur démission mercredi aux actionnaires du groupe, déplorant la "défiance" de la SRM et jugeant que son attitude les mettait dans "l'incapacité" d'exercer leurs responsabilités.

Le directoire reproche notamment à la SRM et à son président, Jean-Michel Dumay, d'avoir transmis aux journalistes du quotidien une note dans laquelle il critiquait l'organisation et la stratégie menée pour la filiale internet du groupe, Le Monde Interactif, dirigée par M. Patino.

Jeudi sur France Inter, le directeur du Monde, Eric Fottorino, s'en est pris violemment à M. Dumay.

"Je pense qu'il ne mesure pas bien sa responsabilité ou son irresponsabilité", a-t-il déclaré, l'accusant de jouer les "pompiers-pyromanes".

Le directeur du quotidien a notamment reproché à la SRM de "mettre sur la place publique des questions qui, certes peuvent être légitimes, mais qui dès lors qu'elles sont évoquées au grand jour, ne peuvent plus être traitées de façon sereine".

Plus sobrement, le président du directoire, Pierre Jeantet, a expliqué dans un entretien aux Echos que la SRM faisait "preuve d'un interventionnisme qui pourrait s'apparenter à une volonté de cogestion" et jugé que la "séparation des pouvoirs" entre le directoire et l'actionnaire de référence "devait être respectée".

Réagissant aux propos de M. Fottorino, M. Dumay a déclaré que la SRM n'avait "jamais été aussi loin dans la responsabilité vis-à-vis de l'entreprise, dans la transparence vis-à-vis des associés". Il a reçu le soutien du Forum des Sociétés de journalistes existant en France, dont il est le président.

Malgré ces affrontements verbaux, les deux parties ont commencé à renouer les fils du dialogue.

En fin de matinée, Pierre Jeantet a reçu à leur demande et pendant plus d'une heure les présidents de sociétés de personnels du groupe, qui détiennent la majorité du capital.

Lors de la réunion, à laquelle n'ont participé ni M. Patino, ni M. Fottorino, ils ont fixé un calendrier de réunions pour tenter de sortir de la crise. La première aura lieu jeudi prochain.

Le président du directoire a dit au figaro.fr vouloir faire "avancer les méthodes de travail, c'est-à-dire créer des instances de réflexion communes entre la direction et les représentants des salariés" pour éviter de "saper l'autorité morale du directoire".

"Nous verrons si nous parvenons à un accord. Si ce n'est pas le cas, le conseil de surveillance devra mettre en place un nouveau directoire", a-t-il précisé aux Echos.

Si aucune solution n'est trouvée d'ici au 4 janvier, date effective de la démission du directoire, M. Minc a indiqué qu'il demanderait la nomination d'un administrateur judiciaire.

Lors d'une assemblée générale au siège de Télérama, qu'il dirige, M. Patino aurait évoqué la possibilité d'un nouveau conseil de surveillance le 5 ou le 6 janvier, selon un témoin.

Les salariés du groupe ont de leur côté accueilli avec surprise, et parfois colère, l'annonce de la démission du directoire, au moment où ce dernier devait présenter un plan d'économies, avec de possibles réductions d'effectifs à la clef.

Dans un communiqué, la société de personnels de Courrier International a ainsi fustigé une démission "irresponsable".