Son hymne sifflé à un match contre la Tunisie, la France s'indigne

PARIS (AFP) — Les sifflets qui ont accompagné l'hymne national français, la Marseillaise, avant un match amical contre la Tunisie mardi soir à Paris ont suscité l'indignation et renvoyé la France au débat récurrent sur l'intégration des immigrés originaires du Maghreb.

Le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy a qualifié l'incident de "scandaleux", et à la demande de la ministre de l'Intérieur, Michèle Aliot-Marie la justice a ouvert une enquête pour "outrages à l'hymne national".

Mme Aliot-Marie a demandé que l'enquête s'appuie sur les images des caméras professionnelles implantées dans le stade et que les interpellations qui en découleraient soient suivies d'interdictions administratives de stade.

Reçue à ce sujet par le président de la République, la ministre des Sports Roselyne Bachelot a averti que "tout match où notre hymne national sera sifflé sera immédiatement arrêté" et "tous les matches amicaux avec le pays concerné seront suspendus" pendant un délai qui restera à fixer.

"Ceux qui veulent siffler un hymne national doivent être privés du match auquel ils sont venus assister", a estimé de son côté le Premier ministre François Fillon, regrettant que la Fédération française de football (FFF), dont le président a été convoqué par Nicolas Sarkozy, n'ait pas annulé la rencontre.

Des sifflets ont accompagné l'hymne national avant le coup d'envoi du match amical France-Tunisie, comme cela avait été le cas lors des rencontres amicales France-Algérie (octobre 2001) et France-Maroc (novembre 2007).

Le secrétaire d'Etat aux Sports, Bernard Laporte, a suggéré que l'équipe de France de football ne joue plus désormais contre les équipes du Maghreb au Stade de France à Saint-Denis, situé en banlieue parisienne dans une zone défavorisée où vivent de nombreux immigrés.

Dénonçant des sifflets "irresponsables" et "gratuits", l'ambassadeur de Tunisie à Paris, Mohamed Raouf Najar, a toutefois demandé d'éviter les "amalgames afin de ne pas donner du grain à moudre aux intolérants de tous bords".

L'incident, survenu dans le principal stade parisien, a relancé le débat sur l'intégration des immigrés, trois ans après les émeutes qui avaient fait rage dans les banlieues françaises.

Le président du parti d'extrême droite Front national (FN), Jean-Marie Le Pen, y a vu l'échec de l'"utopie" d'une intégration des immigrés, et le reflet d'un "racisme anti-français".

"Ces Français qui sifflent l'hymne national prouvent qu'ils ne sont que des Français de papier, et que l'intégration de masses étrangères à notre culture est un échec parce que c'est une utopie", a-t-il affirmé.

A l'opposé, la secrétaire nationale du Parti communiste français (PCF) Marie-Georges Buffet a estimé que les sifflets lors du match étaient l'expression de gens en "souffrance" qui "ne se sentent pas bien chez nous".

"Cette provocation, après d'autres incidents similaires, sont des révélateurs alarmants d'une déchirure entre une partie de la population française issue de l'immigration maghrébine et la société française", a jugé une association antiraciste, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap).

Lui-même d'origine tunisienne, le secrétaire national du Parti socialiste (PS) Razzy Hammadi, a pour sa part estimé que "même si (...) les Français d'origine maghrébine sont trop souvent victimes de discrimination et de harcèlement policier (...), il n'en demeure pas moins que la République, en dépit de ses promesses non tenues, n'est pas à humilier en sifflant son hymne".