L'Angola prêt à voter pour ses premières élections en temps de paix

LUANDA (AFP) — La campagne électorale officielle avait disparu jeudi des rues de Luanda, la veille des premières législatives organisées en temps de paix en Angola, qui paraissaient acquises au pouvoir.

"Journée de réflexion", appelait en Une le Jornal de Angola (quotidien d'Etat), exhortant les huit millions d'électeurs à exercer leur droit de vote vendredi.

"Le monde a les yeux fixés sur l'Angola (...) L'Angola incarne l'espoir de réhabilitation politique et de démocratie sur notre continent" après les violences post-électorales au Kenya et au Zimbabwe, écrivait-il.

Bus et scooters de campagne ont été remisés mais, dans la tentaculaire métropole de cinq millions d'habitants, les couleurs du Mouvement populaire pour la Libération de l'Angola (MPLA) flottaient toujours.

T-shirts à la gloire du parti au pouvoir, voitures décorées de drapeaux du MPLA et affiches électorales témoignaient encore de l'omniprésence du parti.

Les dernières élections générales, tenues en 1992 lors d'une pause dans la guerre civile qui ravageait l'Angola depuis l'indépendance en 1975, n'avaient pu s'achever à cause de la reprise des combats.

Les rebelles de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), aujourd'hui principal parti d'opposition, en avaient rejeté les résultats, qui les donnaient perdants. La guerre civile ne devait s'achever qu'en 2002, après la mort du chef de l'Unita, Jonas Savimbi.

Cette fois, les 1.200 observateurs internationaux et nationaux n'ont relevé que quelques incidents isolés de violence dans une campagne par ailleurs paisible.

"J'ai été très impressionnée par le fait que tous les partis ont appelé à ce que la campagne soit tolérante et défendu le droit de choisir", a déclaré à l'AFP l'eurodéputée italienne Luisa Morgantini.

Toutefois, les médias d'Etat ont "très clairement accordé davantage de place au parti au pouvoir", a souligné la chef de mission des observateurs de l'Union européenne (UE).

Jeudi, pour la première fois depuis des semaines, le visage du chef de l'Etat José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 29 ans, n'apparaissait pas en première page du Jornal de Angola.

Une telle omniprésence a ôté toute illusion au leader de l'Unita, Isaias Samakuva. "Le résultat de cette élection ne sera pas équitable", a-t-il estimé jeudi soir dans un entretien à l'AFP. Mais, "quel que soit le résultat, l'Angola a déjà réalisé une réelle avancée. Le simple fait d'organiser une élection est une victoire."

Le chaos qui régnait jeudi soir autour des listes d'agents électoraux faisait toutefois craindre des problèmes pour le déroulement du scrutin. "La plupart des agents ne sont pas sur les listes", a affirmé à l'AFP un enseignant désigné d'office, Francisco Tambo.

Beaucoup ont voyagé de loin, jusque dans la capitale Luanda, et ignoraient où ils devaient se rendre pour l'ouverture des bureaux de vote à 07h00 (06h00 GMT) vendredi.

Le chef de l'Etat, pour lequel ces législatives ont valeur de test avant un scrutin présidentiel prévu dans un an, a laissé entrevoir pendant la campagne un remaniement ministériel "pour changer les politiques publiques qui n'ont pas fonctionné".

Les deux tiers de la population vivent sous le seuil de pauvreté, alors que l'Angola, riche de ses dimanats et premier producteur de pétrole du continent avec le Nigeria, enregistre une croissance record, de plus de 20% en 2008.

L'opacité règne sur les dépenses publiques, officiellement consacrées à la reconstruction des infrastructures dévastées par 27 années de guerre.

"Notre pays est riche mais nous n'en bénéficions pas", soupirait jeudi un laveur de voitures de 22 ans, Pai Bando. "L'élite prend tout l'argent du pétrole et des diamants".

Pourtant, Pai va voter MPLA, comme beaucoup d'autres critiques du gouvernement. Car "seul le MPLA est assez fort pour imposer un changement".