Le Monde: la direction fait une "mini-ouverture", selon les syndicats

PARIS (AFP) — Au lendemain de la troisième grève en un mois, la direction du Monde a fait mercredi de nouvelles propositions sur le plan de redressement du groupe en déficit chronique, qualifiées de "mini ouverture" encore "insuffisante" par les syndicats.

Alors que les salariés observaient un débrayage de trois heures qui a entraîné un retard dans la production du journal, l'intersyndicale a été convoquée par le président du directoire, Eric Fottorino, et par le vice-président David Guiraud.

Lors de cette rencontre, "la direction a entrebaîllé légèrement la porte sur deux points", a indiqué Christiane Chombeau (SNJ).

Confrontée à une situation déficitaire et à un lourd endettement, la direction du Monde a présenté le 4 avril un plan de redressement prévoyant notamment 129 suppressions de postes au quotidien, par des départs volontaires mais aussi contraints, et une réorganisation de la rédaction autour d'un nouveau projet éditorial. L'objectif est de réaliser une économie annuelle de 9,4 millions d'euros.

Le plan prévoit aussi la vente de plusieurs entités du pôle magazine: Fleurus Presse (édition jeunesse), Les Cahiers du cinéma, Danser et les librairies La Procure.

Les salariés du quotidien s'opposent à ce plan, et réclament que les départs se fassent uniquement sur la base du volontariat.

Mercredi, la direction a indiqué que "les 9,4 millions d'euros d'économies qu'elle comptait réaliser ne correspondaient plus à un nombre de postes, mais à une masse salariale" et précisé que le nombre de 129 suppressions de postes n'était plus "sanctuarisé", a indiqué Mme Chombeau.

"Dès lors que je vais pousser au maximum le volontariat, qu'il y aura de la mobilité interne, et en fonction du niveau de salaires des candidats au départ, nous allons pouvoir dégager des marges de manoeuvres" sur le nombre de départs, a expliqué M. Fottorino.

La direction va également améliorer "de façon raisonnable" les conditions du plan de départs volontaires. Jusqu'à présent, elles étaient alignées sur celles du précédent plan intervenu en 2005.

Les salariés devaient initialement voter à bulletins secrets sur une "grève ultimatum" reconductible à compter de mardi. Mais au vu de ces nouveaux éléments, l'intersyndicale a suspendu le vote.

Dans une motion, les salariés ont "pris acte" de ces propositions, tout en les jugeant "insuffisantes". Ils notent que "la menace de licenciements secs n'est toujours pas levée" tout comme "les projets d'externalisation et de cession".

Une nouvelle rencontre entre les syndicats et la direction est prévue vendredi et une assemblée générale se tiendra mardi.

"J'ai fait aujourd'hui deux propositions assez importantes. Vendredi nous allons déjà parler de ça", a indiqué M. Fottorino, soulignant que les externalisations et cessions prévues ne représentaient "qu'un nombre limité de postes".

De son côté, la Société des rédacteurs du Monde (SRM, actionnaire de référence), a estimé que "l'heure était à la négociation", et appelé les syndicats à "garder à l'esprit que le maintien de l'indépendance est une priorité".

Au pôle magazine, une centaine de salariés se sont rassemblés pour "accueillir" la direction avant un comité d'entreprise sur le projet de cession de Fleurus Presse (11 titres jeunesse), au cours duquel elle a formalisé par écrit ses engagements sur les conditions de la vente.

Ceux-ci ont été qualifiés de "vagues" par la secrétaire du CE, Nicole Morelli (CFDT), qui s'est dite "extrêmement pessimiste".

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