Niger: les avocats des reporters français demandent leur liberté provisoire

NIAMEY (AFP) — Les avocats des journalistes français Pierre Creisson et Thomas Dandois, inculpés au Niger d'"atteinte à la sûreté de l'Etat" pour un reportage, ont introduit mercredi une demande de mise en liberté provisoire après leur audition par un juge d'instruction.

"Nous avions déjà soumis à la conscience et à l'appréciation du juge d'instruction et du procureur de la république une demande de liberté provisoire pour les deux journalistes", incarcérés depuis décembre, a déclaré à l'AFP l'avocat nigérien des reporters, Me Moussa Coulibaly.

Théoriquement passibles de la peine de mort au regard du chef d'inculpation retenu, Pierre Creisson a été entendu mardi tandis que Thomas Dandois s'est expliqué mercredi devant le juge, a constaté un journaliste de l'AFP.

D'après la défense des deux journalistes, également assurée par les avocats français William Bourdon et malien Mamadou Konaté, ils ont été soumis à "un interrogatoire au fond", notamment sur leur présence dans le nord du Niger, la zone du conflit touareg strictement interdite à la presse depuis août 2007.

Leurs images des chefs de la rébellion du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) ont été visionnées à huis clos, selon Me Bourdon.

"Les incompréhensions s'étant dissipées, nous avons bon espoir que cette demande en liberté provisoire sera" accordée, a ajouté Me Coulibaly.

Pierre Creisson et Thomas Dandois, qui travaillaient pour le compte de la chaîne de télévision Arte, avaient obtenu une autorisation pour des reportages sur la grippe aviaire, mais en avaient profité pour se rendre dans le nord afin de réaliser un reportage sur le MNJ.

La demande de liberté provisoire a été "appuyée" par des reportages des deux journalistes dans d'autres zones de conflits et qui "démontrent leur professionnalisme et leur objectivité", a souligné Me Coulibaly.

Des attestations de grandes chaînes de télévision saluant leur "sérieux" ont été également présentées, a-t-il dit.

Me Bourdon a souligné que dans les images tournées, qui ne sont "ni montées ni achevées, il n'y a rien qui pourrait traduire un quelconque esprit militant". Les deux reporters ont "agi avec objectivité, honnêteté et dans le souci d'équilibre qui caractérise la déontologie de tout journaliste", a-t-il martelé.

Leur troisième avocat, Me Konaté, a estimé qu'"il n'y a ni plus ni moins que le souci des journalistes de vouloir faire leur travail".

"Demander à un journaliste qui intervient sur une zone de rébellion d'observer le plus scrupuleusement possible la loi et le cadre juridique est une chose très difficile".

"Nous voulons être informés via les images et le son et les images et le son ne peuvent être captés que dans des situations difficiles", a-t-il dit.

Accusés d'"atteinte à la sûreté de l'Etat", les deux journalistes sont incarcérés depuis le 21 décembre à Say, au sud de Niamey.

"Il faut trouver une issue raisonnable, c'est vrai que les journalistes ont commis une faute, mais (ils) ne sont pas des criminels", a déclaré le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, à Niamey depuis lundi avec deux membres des familles de MM. Dandois et Creisson.

M. Ménard a plaidé auprès des autorités nigériennes pour une "remise en liberté" en attendant la fin de l'instruction.

Des ONG nigériennes, le ministère français des Affaires étrangères, les familles des Français et RSF ont appelé le président Mamadou Tandja à la clémence.

Mais, selon une source judiciaire, une grâce présidentielle n'est possible qu'après leur jugement et leur éventuelle condamnation.