Schindler, héros pendant l'Holocauste, au coeur d'une exposition allemande

BERLIN (AFP) — Oskar Schindler, un Allemand qui réussit à sauver plus de 1.000 juifs des chambres à gaz nazies, a vécu après guerre dans la pauvreté, sans véritable reconnaissance en Allemagne de son vivant, comme en témoigne une exposition qui lui est consacrée à Francfort (ouest).

L'exposition présentée au Musée Judengasse de Francfort jusqu'à la fin août, à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, retrace en photos et vidéos son histoire, rendue célèbre par le film de Steven Spielberg "La liste de Schindler", tourné en 1993.

"C'était un homme peu ordinaire pour des temps qui sortaient de l'ordinaire. Mais (la guerre) fut le point fort de sa vie, et après cela les choses se sont gâtées", selon Ursula Trautwein, amie de Schindler qui l'a connu à Francfort (ouest) où il a vécu de 1957 jusqu'à sa mort en 1974 à 66 ans.

"Sa femme (morte en 2001) a reçu tous les honneurs -- audiences avec le pape, le président des Etats-Unis (...) J'aurais aimé que Schindler lui aussi reçoive un petit peu de cette consécration", souligne-t-elle.

En Israël, où il est aujourd'hui enterré, sa conduite héroïque pendant la guerre lui a valu d'être reconnu comme "Juste parmi les Nations" et honoré par la plantation d'un arbre au mémorial de Yad Vashem. En revanche, en Allemagne, il demeura largement inconnu malgré une médaille obtenue en 1966.

Né en 1908 dans une famille de la classe moyenne d'une province germanophone de l'empire austro-hongrois qui revint à la Tchécoslovaquie après 1918, le jeune Schindler quitte l'école à 16 ans.

Son mariage en 1928 avec Emilie est un échec. Volage et bon vivant, il conçoit deux enfants illégitimes.

Ses activités commerciales d'avant-guerre ne sont guère plus performantes. Il semble n'avoir ni le sens des affaires, ni celui de la probité.

Après plusieurs années de petits emplois qui ne l'empêchent pas de mener la grande vie, il est arrêté par la police secrète tchèque pour espionnage au profit de l'Allemagne.

Ironiquement c'est à Adolf Hitler et à son annexion des Sudètes, la région germanophone de la Tchécoslovaquie (actuelle République tchèque), à la frontière de l'Allemagne, que Schindler doit sa libération.

Il s'inscrit alors au parti nazi et, après l'invasion allemande de la Pologne, s'installe à Cracovie où il rachète une usine saisie par les autorités à leurs propriétaires juifs.

La plupart de ses employés sont juifs, au départ parce qu'ils coûtent moins cher que les Polonais. Mais, peu à peu, Schindler commence à prendre conscience de la cruauté nazie et cherche à protéger les travailleurs forcés.

Il réussit à convaincre les autorités, y compris Amon Göth, commandant du camp de concentration local à Plaszow près de Cracovie, que même des femmes et des enfants prisonniers méritent d'être embauchés dans son usine pour contribuer à l'effort de guerre.

Arrêté par trois fois par la Gestapo, il réussit toujours à se tirer d'affaire. A l'approche de l'Armée Rouge en 1945, il parvient à transférer ses employés juifs vers une nouvelle usine dans les Sudètes où ils survécurent à la guerre.

Après l'armistice, il réussit à fuir l'Europe de l'Est, d'abord pour la Bavière, puis, quelques années plus tard, partit avec sa femme s'installer en Argentine où il tenta de se reconvertir dans l'élevage. Mais ses affaires tournent mal et il regagne l'Allemagne en 1957, laissant sur place sa femme et ses dettes.

Aidé par des amis en Israël, il se lance dans une succession d'entreprises commerciales qui font toutes faillite.