PARIS (AFP) — Le directeur du Nouvel Observateur, Jean Daniel, estime dans l'édition à paraître jeudi que l'hebdomadaire a "eu tort" de faire état sur son site internet d'un SMS que le chef de l'Etat aurait adressé à son ex-épouse Cécilia, à l'origine d'une plainte de Nicolas Sarkozy.
Dans son éditorial intitulé "Une erreur ? Oui", Jean Daniel souligne que le président de la République a "jeté lui-même sa vie privée en pâture".
"C'est là, disons-le, que nous avons eu tort", écrit-il. "Car c'est précisément parce qu'il faisait tout pour nous entraîner dans son univers qu'il ne fallait pas s'y laisser conduire", explique-t-il.
Nicolas Sarkozy a déposé jeudi une plainte pour "faux, usage de faux et recel" à l'encontre du nouvelobs.com, après que le site eut affirmé que le chef de l'Etat aurait envoyé à son ex-épouse, huit jours avant son mariage samedi dernier avec Carla Bruni, un SMS indiquant : "Si tu reviens, j'annule tout".
"La porte qu'il a ouverte en étalant sa vie privée, nous n'avions pas à la franchir", reconnaît M. Daniel, ajoutant : "Si j'avais eu l'information dont Airy Routier (le journaliste à l'origine de l'article, ndlr) a disposé, je me serais empressé de m'en détourner".
Concernant la plainte au pénal déposée par M. Sarkozy, le journaliste juge que le chef de l'Etat a "décidé de s'engager dans une stratégie de sanction qui risque (...) d'apparaître comme un véritable combat contre la presse".
Dans un autre article, les directeurs de la rédaction du Nouvel Observateur, Guillaume Malaurie et Michel Labro, rejoignent la position de M. Daniel.
"Ce +confidentiel+ proposé par notre journaliste Airy Routier, enquêteur aguerri du magazine, a été transmis directement au responsable du site qui l'a mis en ligne", expliquent-ils.
"Si cet article avait été présenté -comme cela aurait dû l'être- à la direction de la rédaction, il est probable, sinon certain, qu'il n'aurait pas été publié. Du moins pas sous cette forme".
Les deux directeurs renouvellent toutefois leur "confiance" à M. Routier, affirmant qu'il n'a "ni inventé, ni trafiqué, ni manipulé quoi que ce soit".
Ils estiment que la procédure engagée par M. Sarkozy est "brutale, inédite et formidablement inéquitable", puisque le président, qui est partie civile "bénéficie de l'immunité pénale dans l'exercice de ses fonctions et d'un pouvoir d'influence sur les procureurs".
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