Les ivoires d'Afrique et les Batak de Sumatra au musée du quai Branly

PARIS (AFP) — Les délicats ivoires d'Afrique, recherchés par les collectionneurs d'Europe dès la fin du XVe siècle, et les rituels de la culture Batak de Sumatra (Indonésie) font l'objet ce printemps (19 février - 11 mai) de deux expositions au musée du quai Branly à Paris.

"Ivoires d'Afrique dans les anciennes collections françaises", qui rassemble une vingtaine d'objets délicatement sculptés de Sierra Leone et du Nigeria actuels, des gravures et des livres, évoque l'engouement qu'a eu très tôt l'Europe pour ce type de pièces rassemblées dans les cabinets de curiosité ou les collections royales.

Les caravelles portugaises, dès la fin du XVe siècle, ramènent d'Afrique des pièces taillées dans l'ivoire. Et tout aussi rapidement, les Européens "commandent" aux Africains des objets à leur goût ou d'usage occidental - salières, cuillères, fourchettes, etc - en proposant des modèles, racontent les commissaires de l'exposition Ezio Bassani et Aurélien Gaborit.

A côté de quelques pièces typiquement africaines, au décor géométrique ou sculptées de grenouilles ou de crocodiles, l'exposition présente ainsi plusieurs olifants (trompes d'ivoire, dont le nom vient du mot +éléphant+) au décor européen.

L'une de ces cornes est ainsi décorée de scènes de chasses avec cerf ou sanglier, dont le modèle issu d'un livre de prières est exposé à côté. Un autre porte la sculpture d'un éléphant d'Asie avec son cornac - l'éléphant n'est pas domestiqué en Afrique - inspiré par un dessin de Raphaël pour le Vatican.

Il "y a au XVIe siècle en Europe une reconnaissance de la création africaine qui disparaîtra avec le développement de la colonisation", ajoute M. Gaborit.

"Au nord de Sumatra, les Batak" donne un coup de projecteur sur une culture du nord de l'Indonésie, forte aujourd'hui de huit millions de personnes, dont le coeur géographique autour du lac Toba ne fut découvert par les Européens qu'au milieu du XIXe siècle.

La centaine d'oeuvres présentées - textiles, masques, pièces d'orfèvrerie, objets rituels, etc - viennent de la collection du musée dont une partie a été acquise en 2001 auprès du collectionneur Barbier-Mueller.

Le terme de Batak "regroupe en fait six groupes différents", explique le commissaire de l'exposition Pieter Ter Keurs, conservateur au musée national d'Ethnologie de Leiden (Pays-Bas). La plupart des groupes sont aujourd'hui chrétiens, certains musulmans.

Rituels de mariages, de guérison ou funéraires sont évoqués par les textiles, les statuettes ou les instruments de musique richement décorés, où le serpent mythique évoque la création du monde, le lézard favorise la fertilité et le +datu+ (magicien guérisseur) fait le lien avec le monde de l'au-delà.

(mardi, mercredi, dimanche de 11H00 à 19H00, jeudi, vendredi, samedi de 11H00 à 21H00. 8,50 EUR, TR 6 EUR).

Catalogues : Ivoires d'Afrique, 112 pages, Coédition MQB-Actes Sud. 27 euros. Au nord de Sumatra, les Batak, 96 pages. Coédition MQB-5 Continents. 27 euros ).