Controverse autour de l'exposition "Les Parisiens sous l'Occupation"
PARIS (AFP) — En pleine occupation nazie, des Parisiens déambulant paisiblement sur les Champs-Elysées, se pressant devant les cinémas ou s'amusant lors de courses de chevaux: une exposition de photos de Paris pendant la dernière guerre provoque malaise et controverse.
Les 270 photos, exposées du 20 mars au 1er juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), ont été prises par d'André Zucca, qui travaillait pour Signal, un journal de propagande nazie.
Il s'agit de la seule grande collection de photographies en couleur sur l'occupation allemande de Paris, de 1940 à 1944.
Ici, un grand drapeau avec une croix gammée accroché à un immeuble de la rue de Rivoli, plus bas, une affiche qui propose des places de théâtre. Là, des Parisiennes souriant à leurs soupirants, se maquillant les lèvres, ou encore portant des capelines aux courses à Longchamp, des officiers allemands en arrière-plan.
Aucune mention des milliers de juifs raflés à Paris, pas de files d'attente devant les magasins d'alimentation. Seules deux photos d'une vieille femme et d'un homme portant l'étoile jaune rappellent la persécution nazie.
L'adjoint à la Culture de la mairie de Paris, Christophe Girard, a appelé dimanche à l'arrêt de l'exposition, présentée comme "une vision de la vie parisienne pendant l'Occupation et la Libération", expliquant qu'elle l'avait mis fortement "mal à l'aise".
Le maire socialiste de la capitale, Bertrand Delanoë, a décidé de supprimer la campagne d'affichage destinée à promouvoir l'exposition, mais s'est prononcé pour son maintien. Il a néanmoins demandé à Jean-Pierre Azéma, un historien reconnu de cette période, "d'ajouter les avertissements nécessaires" pour bien replacer les photos dans leur contexte.
Désormais, un feuille volante en français, anglais et espagnol, est distribuée aux visiteurs pour expliquer que Zucca "a choisi un regard qui ne montre rien, ou si peu, de la réalité de l'occupation et de ses aspects dramatiques".
Ce "témoignage photographique n'en demeure pas moins précieux, par la qualité des vues, par sa rareté, par sa valeur historique", poursuit le texte.
Pour Jean Derens, directeur de la BHVP, annuler l'exposition relèverait de la "censure". "Ces photographies sont très fortes", dit-il, rejetant les critiques lui reprochant de ne pas avoir suffisamment commenté les photos.
"Comment commenter une photo? Je pense que la photo, il faut la situer --quand elle a été prise et comment, par qui-- et c'est au visiteur de rentrer dans la photo", dit-il.
A l'époque, Gilles Perreault avait été photographié par Zucca qui le montre, âgé de 11 ans, poussant un petit bateau sur le plan d'eau du jardin du Luxembourg. Aujourd'hui, il pense que l'exposition présente une "image trompeuse de Paris" durant les quatre ans d'occupation.
"Oui, j'ai été ce petit garçon paisible qui faisait aller son bateau sur le bassin du Luxembourg, mais j'étais un petit garçon apeuré, terrorisé, craignant chaque jour la catastrophe parce qu'on savait que nos parents étaient des résistants", explique-t-il.
Il dit craindre que "les jeunes gens qui n'ont pas connu l'occupation" finissent pas penser, après avoir vu cette exposition, que "finalement, ce n'était pas si terrible".
"Les Parisiens sous l'Occupation" a déjà attiré plus de 10.000 visiteurs, dont une grande partie ces derniers jours, alors que la polémique enflait.

