LA HAVANE (AFP) — D'une petite phrase, le président brésilien Luis Inacio Lula da Silva a relancé les interrogations sur l'avenir politique de Fidel Castro en le jugeant "prêt à assumer" de nouveau le pouvoir, après un long entretien avec le dirigeant cubain mardi à La Havane.
"Lucidité incroyable", "santé impeccable": après plus de 17 mois de convalescence et d'éloignement du pouvoir, Fidel Castro, à 81 ans, donné pour mourant il y a six mois, est apparu au visiteur brésilien "prêt à assumer son rôle politique à Cuba et son rôle historique dans le monde".
Spectaculaires, ces déclarations, faites mardi soir à son départ de Cuba, interviennent alors que toute l'île spécule et bruisse de rumeurs contradictoires sur le caractère définitif ou non du retrait du père de la révolution cubaine.
De fait, le président cubain est apparu toujours très amaigri mais en bonne forme aux côtés du président brésilien, dans une courte vidéo diffusée mercredi au journal télévisé, la première depuis trois mois.
"Je me suis senti très bien" pendant la rencontre, y déclare Fidel Castro, en survêtement rouge et blanc, sa tenue de convalescent.
S'il ne semble guère avoir repris de poids, son oeil est vif, sa voix plus assurée, et son port debout plus ferme qu'auparavant.
Le président brésilien l'a d'ailleurs comparé à un "athlète" qui récupérerait en vue de reprendre la compétition.
Indirectement, dans une nouvelle "réflexion" publiée le même jour mais datée de l'avant-veille, Fidel Castro a nuancé l'optimisme de "Lula" en prévenant qu'il ne "disposait pas des capacités physiques nécessaires" pour participer à la mobilisation électorale à Santiago (sud), où il est candidat à sa réélection.
Dimanche en effet, les Cubains sont invités à renouveler leur Assemblée nationale, laquelle aura jusqu'au 5 mars pour désigner les membres du Conseil d'Etat (gouvernement) et son président, fonction exercée depuis 1976 par Fidel Castro.
Celui-ci, qui a cédé, provisoirement en principe, le pouvoir à son frère Raul fin juillet 2006 en raison de graves complications intestinales, s'est d'ores et déjà porté candidat, démarche incontournable au renouvellement de son mandat à la tête de l'Etat.
Pourtant, le 18 décembre, il avait semé le doute sur ses intentions, déclarant pour la première fois qu'il n'entendait pas "s'accrocher" à ses fonctions, ni barrer la route à une direction rajeunie.
D'après le président brésilien, "il a sa lucidité de toujours, comme dans ses meilleurs moments", et son éloquence proverbiale est intacte: "Il a parlé deux heures et moi une demi-heure", a-t-il précisé.
Un diplomate occidental, interrogé à ce propos, a estimé que le dirigeant cubain "se ménage sans doute une place plus exécutive" que prévu et qu'il préparerait un "retour aménagé" dans ses fonctions.
Une des options défendues par les observateurs, cubains ou étrangers, qui ne croient pas au maintien du statu quo après les élections, est que Fidel Castro, chef de l'Etat et du Parti communiste, pourrait se défaire d'une de ses fonctions.
Rares sont toutefois ceux qui voient le dirigeant cubain, pour qui "les révolutionnaires ne se retirent jamais", passer la main et se retirer réellement de son vivant.
Quelles que soient les fonctions qu'il choisira de reprendre, Fidel Castro, "commandant en chef" et "maximo lider" de la révolution, devrait demeurer l'arbitre suprême de la direction cubaine, soulignent la plupart des analystes.
Quitte à déléguer à son frère Raul, épaulé par le vice-président Carlos Lage, la gestion de la fragile économie cubaine et des réformes indispensables, réclamées de plus en plus ouvertement par la population.
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