KABOUL (AFP) — Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a plaidé samedi à Kaboul pour une "responsabilisation" croissante des Afghans dans l'utilisation de l'aide militaire et financière internationale, alors que Paris vient d'annoncer l'envoi de troupes supplémentaires.
M. Kouchner, en visite de deux jours en même temps que son homologue canadien Maxime Bernier, a martelé le terme d'"afghanisation" pour signifier que, pour Paris, la population afghane doit pouvoir assumer davantage ses responsabilités.
Pendant leur séjour, les deux hommes devaient se rendre à Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, l'un des bastions des talibans, qui ont considérablement intensifié leur insurrection depuis plus d'un an.
"On ne va pas se retirer demain et on ne va pas rester éternellement", a expliqué M. Kouchner devant des militaires français à Camp Warehouse, la principale base à Kaboul de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) de l'Otan.
"Entre les deux, il y aura, pour nous, la prise en compte des responsabilités des Afghans et, pour eux, la prise en charge de leurs responsabilités. Dès que cela sera possible, nous nous retirerons pour leur laisser la place", a-t-il précisé.
"Notre idée est de nous rapprocher des Afghans", a-t-il assuré en évoquant l'envoi de 700 soldats dans le pays qui devrait porter le contingent français à environ 3.000 hommes. "Nous ne faisons pas la guerre aux Afghans mais avec les Afghans contre le terrorisme", a-t-il lancé, soulignant plusieurs fois que Paris ne combattait pas l'islam, mais les extrémismes.
"L'utilisation des renforts est destinée à l'+afghanisation+", a encore déclaré le ministre, rappelant qu'une partie du contingent français est déjà affectée à la formation de l'armée afghane.
La présence des 70.000 soldats des deux forces internationales présentes --l'Isaf (environ 50.000) et la coalition de l'Opération Enduring Freedom (OEF) sous commandement américain-- ne suffit pas et la lutte contre les talibans dépend aussi de la reconstruction du pays, selon M. Kouchner.
Samedi, MM. Kouchner et Bernier ont rencontré séparément le président Hamid Karzaï.
Durant l'entretien Karzaï-Kouchner, qui se sont connus il y a 25 an lorsque le Dr Kouchner soignait la population de ce pays très démuni, le président a fait don à l'Institut médical français pour l'enfant de Kaboul d'un terrain de 8 hectares pour lui permettre de s'étendre, a-t-on appris auprès de l'ONG médicale française.
Construit en 2006 par la Chaîne de l'Espoir avec l'aide de grands donateurs, il est géré par le réseau de développement de l'Agha Khan.
Avec le président du parlement afghan, Mohammad Younes Qanooni, une autre vieille connaissance du ministre français, il a été question de la Conférence internationale de Paris sur l'Afghanistan, prévue le 12 juin. Le ministre français a insisté pour des parlementaires afghans s'y rendent.
Un entretien tripartite a également réuni MM. Kouchner et Bernier avec leur homologue afghan Rangin Dadfar Spanta.
Les ministres français et canadien ont insisté sur le développement de l'Etat de droit, la lutte contre corruption et et la coordination des efforts d'aide en Afghanistan, lors d'un point de presse.
Avec l'arrivée des renforts français et du nouvel envoyé spécial de l'Onu Kai Eide doté de plus importants pouvoirs de coordination entre les aides étrangères, les efforts militaires et les Afghans, M. Bernier a jugé "que tous les outils étaient là et tous les moyens pour réussir à long terme".
Ottawa compte 2.500 soldats dans le sud de l'Afghanistan et son parlement vient de prolonger sa mission jusqu'en 2011 après l'annonce du renforcement français. Il est en première ligne dans la lutte contre les talibans, qui ont considérablement intensifié leur insurrection depuis plus d'un an.
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