PARIS (AFP) — Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a crié à la "provocation" mercredi, au lendemain des déclarations de François Fillon appelant à redéfinir le dispositif sur les "carrières longues", à l'origine de l'accord du syndicat sur la réforme des retraites en 2003.
Cette disposition, une des mesures phares de la loi de 2003, permet aux salariés ayant commencé à travailler entre 14 et 16 ans de partir en retraite avant l'âge légal de 60 ans. Elle a permis à environ 430.000 salariés de bénéficier d'une retraite anticipée avant 60 ans, dont plus de 100.000 en 2006.
"Le coût de cette mesure est important, puisqu'il explique presque la moitié du déficit du régime général constaté en 2007", qui devrait s'élever à environ 4,6 milliards d'euros, contre 1,9 md EUR en 2006, a souligné mardi le chef du gouvernement.
Selon M. Fillon, qui avait piloté la réforme de 2003, le "rendez-vous" de 2008 sur les retraites doit déboucher sur une "révision" de ce dispositif. "Sans doute y a-t-il des ajustements à faire pour mieux cadrer cette procédure", a ajouté le premier ministre, notant cependant que "derrière ce coût, il y a un geste d'authentique justice sociale".
Ces dernières précautions sémantiques n'ont pas suffi à apaiser la colère de la CFDT qui a dénoncé dans Le Monde, par la voix de son secrétaire général, François Chérèque, "une provocation".
"Que se passe-t-il au gouvernement ? Nicolas Sarkozy nous fait des gentillesses pour nous amadouer, et le Premier ministre durcit le ton", poursuit le dirigeant de la CFDT, qui avait accepté le "compromis" de 2003 en raison de la mise en place de ce dispositif.
"Soit ils (MM. Sarkozy et Fillon, ndlr) sont d'accord entre eux et il faut qu'ils fassent très attention, soit ils sont en désaccord et ils doivent mettre de l'ordre dans la maison", poursuit M. Chérèque, pour qui "il n'est pas question de remettre en cause" ce dispositif.
Le coût de cette mesure, sous-estimé en 2003, est pourtant régulièrement pointé par la Commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS) et la Cour des comptes.
La présidente (CFE-CGC) de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), Danièle Karniewicz, juge elle-même dans La Tribune qu'il est "légitime de poser la question d'un réajustement des durées d'activité, en fonction de l'âge auquel les salariés ont commencé à travailler". Elle a notamment dans le collimateur le mode d'attestation prouvant qu'un assuré peut prétendre au dispositif "carrières longues", jugé trop laxiste.
La CFDT a également peu goûté les déclarations de M. Fillon laissant supposer qu'un allongement de la durée de cotisation de 40 à 41 ans entre 2009 et 2012 était d'ores et déjà "acté".
"Le chef du gouvernement est en train de transgresser sa propre loi puisque l'augmentation de la durée de cotisation à 41 ans doit faire l'objet d'un examen par le Conseil d'orientation des retraites, avant que le gouvernement et le Parlement ne la transcrivent éventuellement dans un décret", rappelle M. Chérèque.
L'article 5 de la loi de 2003 stipule en fait qu'"à compter de 2009, la durée d'assurance pour bénéficier d'une pension de retraite au taux plein" est majorée "d'un trimestre par année pour atteindre 41 annuités en 2012", sauf si (...) un décret pris après avis, rendus publics, de la Commission de garantie des retraites et du Conseil d'orientation des retraites ajuste le calendrier".
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »
