PARIS (AFP) — Après les comptes en Suisse ou aux îles Vierges, le procès de l'Angolagate a dirigé lundi sa traque méthodique de l'argent de ce commerce d'armes de guerre vers les enveloppes de cash que distribuait généreusement l'entreprise de Pierre Falcone.
Brenco, la société de l'homme d'affaires accusé d'avoir orchestré vers l'Angola ce trafic de 790 millions de dollars sans autorisation de Paris, "a disposé de manière chronique de fortes sommes en espèces (remises) à de nombreux bénéficiaires", avaient conclu les enquêteurs.
Parmi les destinataires de ces millions de FF dans les années 90, beaucoup sont aujourd'hui sur le banc des prévenus, dont d'anciens salariés, mais aussi des personnalités comme Jean-Christophe Mitterrand, fils de l'ancien président, l'écrivain Paul-Loup Sulitzer ou l'ex-bras droit de Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani. Grands absents : les officiels angolais.
Pour faire la lumière sur ce que l'accusation considère comme des pots-de-vin, le président Jean-Baptiste Parlos se tourne d'abord vers Isabelle Delubac, la secrétaire de Pierre Falcone qui distribuait ces mannes.
"C'était Pierre Falcone qui me donnait les instructions et les montants", dit-elle.
Combien ? "J'essaie de me souvenir... les enveloppes étaient extrêmement variables en terme de contenu", dit-elle avec réticence pour finir par évoquer "un minimum de 500 FF et un maximum de 400.000 FF".
"Il n'y a jamais eu de sacoches", se récrie-t-elle à une évocation du président. "C'était une grosse enveloppe kraft... ou plusieurs si cela ne tenait pas".
Mais d'où provenait tout ce liquide ? "Il venait visiblement de l'ambassade d'Angola" pour couvrir les frais de séjour des officiels de Luanda invités par Brenco, assure-t-elle.
"C'est Samuel Mandelsaft qui les apportait au bureau", précise-t-elle.
Pour l'accusation, ce vieil homme collectait en fait du liquide non déclaré de certains commerçants du Sentier, quartier parisien de la confection, qu'il convoyait ensuite au siège de Brenco dans des sacs plastiques, ce qui lui valait le surnom de "plastique Bertrand" parmi le personnel.
Ensuite, Brenco virait l'argent sur des comptes en Suisse, d'où il revenait au Sentier. Ce système aurait "blanchi" au total 196,6 millions de FF.
Hélas pour l'accusation, Sam Mandelsaft est aujourd'hui réfugié en Israël, et les souvenirs des prévenus à son sujet semblent s'être évaporés depuis leurs dépositions devant le juge d'instruction.
A qui étaient distribuées ces enveloppes ? "Aux personnalités angolaises séjournant à Paris..., aux salariés, aux services de sécurité...", énumère Isabelle Delubac.
Le président "essaie de comprendre" pourquoi l'argent qui serait venu de l'ambassade d'Angola aurait servi en fait à payer des officiels angolais.
"Et qui d'autre ?", ajoute-t-il.
"Je crois avoir remis au moins une enveloppe à M. Sulitzer", lâche l'ancienne secrétaire qui n'a "pas le souvenir" d'autres bénéficiaires.
"Et vous ?"
"Ah, oui", dit celle qui a reçu une "augmentation de salaire" en cash de 10.000 FF par mois en 1997.
Pierre Falcone, qui rémunérait aussi souvent en liquide les heures supplémentaires des employés de Brenco, explique qu'il estime "justifié que les gens qui travaillent plus gagnent plus".
Jacques Pascal, l'architecte qui avait rénové le siège de Brenco, avait raconté aux enquêteurs avoir vu dans une pièce "des liasses de billets sur des étagères".
Aujourd'hui, il affirme seulement l'avoir "entendu dire". "Mais je me suis aperçu que c'était faux.... Cette pièce ressemblait plutôt à une buanderie".
"Il y avait du linge qui pendait ?", demande le président.
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