Sarkozy impopulaire, Fillon en forme : situation "sensible" pour l'exécutif

PARIS (AFP) — L'un n'en finit pas de descendre, l'autre de grimper: le dévissage de Nicolas Sarkozy dans les sondages, au moment où François Fillon progresse, crée une situation politique "sensible" et nourrit des interrogations sur l'équilibre au sein du couple exécutif.

Une tendance confirmée jour après jour: selon un sondage CSA pour Valeurs actuelles, le chef de l'Etat perd en un mois 4 points de bonnes opinions, à 33%, distancé de 22 points par son Premier ministre. La cote de confiance du premier recule encore (37%, -4), tandis que celle du second s'améliore (45%, +2), dans le baromètre TNS Sofres pour le Figaro Magazine.

A l'Elysée comme à Matignon, on s'efforce de minimiser la signification d'un décalage aussi rare et grandissant.

Nicolas Sarkozy lui-même assure ne pas prendre ombrage de la popularité de son subordonné.

"Pas un problème", "plutôt une solution", a-t-il dit mardi dans Le Parisien. "Ca prouve que la politique qui est mise en oeuvre est la bonne et que le décrochage est dû non pas à la politique, mais à des événements qui sont apparus dans ma vie et que j'ai dû gérer", a-t-il argumenté, dans une allusion à son mariage avec l'ex-mannequin Carla Bruni.

Quant à François Fillon, il fait assaut de modestie et de loyauté. Les sondages, "ça va et ça vient", élude-t-il. "J'essaie de faire mon travail à ma place (...) sous l'autorité du président de la République", a-t-il dit jeudi sur France 3.

Dans son entourage, on évoque une embellie "conjoncturelle", répétant qu'"il n'y a pas l'ombre d'une feuille de papier à cigarettes" entre les deux hommes.

Reste que cette différence crée une situation délicate pour l'exécutif.

"C'est une période un peu sensible", admet Michel Bouvard (UMP). Le croisement continu des courbes des deux dirigeants "risque de perturber un peu leurs relations", reconnaît un autre proche du chef du gouvernement, Etienne Pinte.

Nicolas Sarkozy a d'ailleurs lancé mardi, mezzo voce, une forme d'avertissement au locataire de Matignon, alors que la perspective d'un remaniement alimente les spéculations : "la raison de continuer avec un Premier ministre ne réside pas dans les sondages, mais dans la qualité du travail qu'il accomplit".

De fait, parmi les proches du chef de l'Etat, on considère que François Fillon n'est pas pour grand-chose dans sa "forme" actuelle.

Sa cote "est en hausse par contraste", explique à l'AFP Dominique Paillé, conseiller du président. En favorisant le chef du gouvernement, "les Français signifient au président leur impatience sur la politique menée et un certain désaccord avec son comportement", en particulier l'affichage de sa vie privée.

Les "fillonnistes", eux, ne boudent pas leur plaisir. Le Premier ministre "besogneux" jadis moqué est "reconnu", savoure Michel Bouvard. Il "reprend la réelle dimension d'un Premier ministre", pavoise Etienne Pinte.

De son côté, François Fillon, qui s'était ému d'être ravalé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy, endosse désormais avec satisfaction les habits de "chef de la majorité", multipliant les visites aux candidats UMP aux municipales.

Et il ne se prive pas de cultiver son image calme et posée. Jeudi, il s'est attardé au Salon de l'agriculture, quand Nicolas Sarkozy avait fait un tour au pas de charge, marqué par une algarade retentissante avec un visiteur.

Le "style Fillon" ? "La force tranquille", ose Etienne Pinte, reprenant le slogan de ... François Mitterrand avant son élection en 1981.