Municipales: à Eymet, en "Dordogneshire", les Anglais aussi font campagne
EYMET (AFP) — En Dordogne, l'intégration de l'importante communauté anglaise passe aussi par les urnes : à Eymet, 2.600 habitants, pas moins de cinq Britanniques figurent sur les trois listes en compétition pour les élections municipales des 9 et 16 mars.
"Avant, au marché, ça parlait occitan. Maintenant, c'est davantage l'anglais", constate Jean-Raymond Peyronnet, l'une des têtes de liste.
Eymet, où vivent près de 200 familles anglaises, est un haut lieu de "Dordogneshire", ce morceau de Grande-Bretagne abritant, selon les estimations, entre 5 et 10.000 sujets de sa Majesté.
La commune, contrairement à quelques voisines, n'a jamais eu de conseiller municipal anglais. Cela devrait changer cette année avec cinq Britanniques candidats sur les trois listes "apolitiques". Les têtes de liste ont "enrôlé" des concitoyens anglais en vue, entrepreneurs ou investis dans la vie associative locale. Et au français impeccable, "of course".
Cela correspond au profil de Julian Urriata, 41 ans, Anglais aux origines basques, qui vient d'ouvrir une boutique de carrelages "en pierres naturelles": "c'était fou, tout le monde me voulait, sourit-il. Peut-être parce que j'ai un bon contact avec les Français..."
"J'ai été bien reçu depuis que je suis en Dordogne, en 1991, il est temps de rendre un peu", témoigne pour sa part Tim Richardson, viticulteur de 42 ans. "Mais je ne le prends pas comme un engagement politique", ajoute-t-il
Terrie Simpson, 47 ans, qui tient une agence immobilière, parle aussi en tant que mère d'un garçon de 17 ans : "il faut faire des choses pour essayer de garder les jeunes ici et attirer les jeunes couples avec enfants."
Aux municipales, les ressortissants européens sont éligibles à condition d'être inscrits sur les listes électorales. S'ils peuvent être conseillers municipaux, ils ne peuvent être ni adjoint ni maire.
"C'était une volonté d'avoir deux Anglais sur ma liste, témoigne M. Peyronnet. Ils pourraient être des référents de la communauté, avec par exemple une permanence hebdomadaire en mairie".
Marianne de Jaeger, menant une liste comptant également deux Britanniques, nuance. "Ils apportent un regard nouveau. Mais ils n'aiment pas être enfermés dans une notion de communauté. Il s'agit plutôt d'une convergence d'intérêts sur notre programme, pour qu'Eymet ne soit pas qu'un village touristique", dit-elle.
Jérôme Bétaille, dont la liste comporte une Britannique, confirme : "Les Anglais qui sont à Eymet ne veulent pas reproduire la vie qu'ils avaient en Angleterre, ils veulent participer à la vie de la commune".
Tous le constatent : la Dordogne, après avoir d'abord séduit les retraités britanniques, attire maintenant de plus en plus d'actifs, grâce aux nombreux vols "low cost" entre l'Angleterre et Bergerac.
Selon Périgord Développement, association chargée de promouvoir l'arrivée d'investisseurs en Dordogne, 800 entrepreneurs britanniques, un chiffre en forte croissance, sont immatriculés dans le département.
A Eymet, l'implantation d'une nouvelle génération de Britanniques se traduit également dans les effectifs scolaires: 25 sur 300 au collège, 7 sur 76 en maternelle.
L'accent anglais devrait donc aussi bientôt égayer les réunions du conseil municipal d'Eymet, sans qu'on puisse soupçonner les candidats d'électoralisme, puisque sur 1.600 électeurs, seuls les 42 Britanniques ayant fait la démarche de s'inscrire sur les listes électorales pourront voter.

