BOGOTA (AFP) — Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a plaidé jeudi à Bogota auprès du président colombien Alvaro Uribe pour une plus grande internationalisation dans la résolution de la crise des otages des Farc à la veille du sixième anniversaire de l'enlèvement de Ingrid Betancourt .
"Nous allons voir si le groupe dont on a parlé, avec des pays d'Amérique latine et des pays européens, peut se mettre en place", a déclaré M. Kouchner à la presse avant de rencontrer M. Uribe. "Nous l'espérons", a-t-il ajouté.
Pour le ministre français, "ce groupe donnerait une signification un peu plus internationale aux démarches et permettrait peut-être d'aller plus loin" dans les libérations d'otages.
La France est parfaitement consciente de la difficulté de convaincre M. Uribe de donner son feu vert à une démarche qui reviendrait à accorder une certaine reconnaissance internationale à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc - marxistes).
Dans l'esprit des Français, toutefois, cette esquisse de reconnaissance internationale des Farc ne pourrait intervenir qu'après ou parallèlement à une libération de Ingrid Betancourt.
Cette internationalisation permettrait également, selon des sources diplomatiques françaises, de continuer d'avancer sans être piégé par la seule idée d'un échange humanitaire conditionné par la démilitarisation des deux communes exigée par les Farc et refusée aujourd'hui par Bogota.
Pour Paris, c'est aussi dans l'intérêt de M. Uribe de tourner la page de l'affaire des otages qui empoisonne son gouvernement.
Si quelque chose devait arriver à Ingrid Betancourt, aujourd'hui très affaiblie, M. Uribe pourrait en outre être tenu pour responsable s'il n'a pas fait les gestes nécessaires à temps, souligne la France.
C'est son entretien avec Hugo Chavez, mardi au palais présidentiel de Caracas, qui a fini de convaincre M. Kouchner de la nécessité de jouer la carte internationale quelles qu'en soient les difficultés.
Le président vénézuélien lui a dit, selon des diplomates français, qu'il croyait d'autres libérations "unilatérales" possibles, mais qu'il faudrait renforcer le processus en mettant en place un groupe de soutien, comprenant des pays latino-américains et l'Organisation des Etats américains (OEA).
Le président Uribe sait par ailleurs que les Farc ont rejeté toute médiation de l'église catholique.
Un changement perceptible de l'opinion publique colombienne pourrait aider les Français dans la voie d'une plus grande internationalisation.
Les Colombiens "sont aujourd'hui plus proches des otages" et le président Uribe est contraint d'en tenir compte, a estimé jeudi à Bogota Carlos Eduardo Gechem, fils de Jorge Eduardo Gechem qui doit être libéré prochainement par les Farc.
"Avant ils disaient: c'est un problème du gouvernement, des Farc et des gouvernements étrangers", a-t-il rappelé. Leur attitude a changé, selon lui, "après la diffusion des preuves de vie d'Ingrid et la libération de Clara (Rojas, ancienne collaboratrice d'Ingrid) et de Consuelo (Gonzalez, ex-parlementaire)" par les les Farc le 10 janvier à la suite d'une médiation du président vénézuélien.
La libération de Jorge Eduardo Gechem s'ajouterait à celles de trois anciens parlementaires colombiens, Gloria Polanco, Luis Eladio Perez et Orlando Beltran, que les Farc se sont engagées au début du mois à libérer et à remettre au président Chavez.
Ces anciens élus font partie du groupe de 43 otages dits "politiques", dont trois Américains et Ingrid Betancourt, que les Farc proposent de relâcher en échange de 500 guérilleros emprisonnés.
Ingrid Betancourt est aux mains des Farc depuis le 23 février 2002.
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