Paranoid Park: crime et spleen adolescent par Gus Van Sant

PARIS (AFP) — L'Américain Gus Van Sant explore avec une ferveur esthétique renouvelée le spleen et la fragilité de l'adolescence au fil de "Paranoid Park", une plongée dans l'inconscient d'un jeune skater meurtrier qui a reçu le Prix du 60e anniversaire du Festival de Cannes.

Gus Van Sant, éternel ado en jeans et baskets de 55 ans, a tourné son 18e film dans sa ville de Portland dans l'Oregon et adapté le roman éponyme signé par un écrivain du cru, Blake Nelson.

Impeccablement construit, ce "+Crime et châtiment+ au lycée" -comme le définit son auteur- colle aux pas d'Alex, gamin skater de 16 ans qui tue accidentellement un agent de sécurité aux abords d'une aire de skate-board mal famée de Portland, le "Paranoid Park".

Noyé dans sa culpabilité, Alex fait, en voix off, le récit d'une nuit fatale au fil de flash-backs qui plongent le spectateur dans son état émotionnel.

Van Sant, qui est aussi peintre, photographe et musicien, livre un film visuellement envoûtant où il intègre de belles séquences de skate tournées en super huit, aériennes et quasi oniriques.

Quatre ans après "Elephant", inspiré de la tuerie du lycée de Columbine -couronné d'une Palme d'or et du Prix de la mise en scène en 2003 à Cannes, il a réalisé 713.000 entrées en France-, le cinéaste sonde à nouveau le mal-être des "teenagers" américains.

"Faire des films sur les adolescents est ma vocation, je pense", disait Gus Van Sant à l'AFP lors d'un entretien, en mai sur la Croisette.

Servi par le jeu convaincant d'acteurs débutants trouvés grâce à une petite annonce postée sur internet -Gabe Nevins, Jake Miller, Taylor Momsen-, le film capture l'identité flottante de l'adolescence et sa fragilité, dans des plans d'une grande sensualité.

Qu'Alex déambule dans les couloirs du lycée, file le long des rues sur sa planche ou s'agrippe à un train en marche, la caméra de Van Sant le suit, souvent au ralenti, en de longs travellings fluides.

Filmant le cadre de vie réel des adolescents, Van Sant repeint l'espace urbain aux couleurs de la rêverie de son héros.

Délaissé, comme ses amis du même âge, par des parents lointains et accaparés par leurs propres problèmes, Alex est attiré par les rites de la communauté de marginaux skaters.

Selon le cinéaste, "ils sont peut-être perdus émotionnellement, mais ce sont des gamins ordinaires de la classe moyenne à qui il arrive quelque chose d'extraordinaire".

La beauté singulière de "Paranoid Park" vient de sa photographie, signée par Christopher Doyle, talentueux chef opérateur de Wong Kar Wai, mais aussi d'une bande-son richement travaillée.

Celle-ci mêle Beethoven, Nino Rota le compositeur fétiche de Federico Fellini, Elliott Smith un chanteur underground surdoué et ami de Van Sant décédé en 2003, et la musique d'Ethan Rose.

Originaire de Portland, ce musicien compose d'étranges morceaux, qui intègrent des cris d'oiseaux et des bruits divers.

Bien que tourné aux Etats-Unis avec une équipe et une distribution américaines, "Paranoid Park" est une production 100% française, financée à hauteur de cinq millions et demi de dollars par la société MK2.

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