Les Chinois de Paris parlent peu de JO trop politisés à leur goût

PARIS (AFP) — A la veille de l'ouverture des Jeux Olympiques à Pékin, les Chinois interrogés à Paris et dans sa banlieue se livrent avec parcimonie sur cet événement international trop politisé à leur goût, souvent embarrassés par l'image donnée de la Chine par les médias.

Aucune animation particulière ne semble prévue pour la cérémonie d'ouverture, dont beaucoup de Chinois et Français d'origine chinoise ignorent encore la date exacte, et les commerces n'arborrent aucun signe distinctif aux couleurs des JO dans les quartiers de Belleville, des Olympiades (XIIIe arrondissement) ou à Lognes (Seine-et-Marne).

"Ca ne les intéresse pas. Même entre Chinois, on n'en parle pas", assure Li Wen, 31 ans, directeur de l'association Hui Ji d'aide et accueil aux migrants chinois, ajoutant toutefois en guise d'explication que "c'est un sujet qui a été très politisé".

"Certains voudraient peut-être s'afficher, mais ont peur de la réaction des Français", avance un ancien restaurateur cantonnais de 67 ans, interrogé sur l'invisibilité des JO dans les commerces chinois.

Lui même se dit très "fier" de ces jeux qui verront peut-être pour la première fois la Chine l'emporter, mais apprécie peu le mélange entre sport et politique. Il reproche d'ailleurs à Nicolas Sarkozy d'avoir "lié sa venue à des enjeux politiques".

Fanny, serveuse de 22 ans née en France mais originaire de Hong Kong "n'a pas la fibre nationaliste" et suivra "ces JO comme les autres". David, fonctionnaire de 33 ans, français d'origine sino-vietnamo-cambodgienne, se dit "un peu détaché de l'événement". Pour le président de Hui Ji, Richard Beraha, le relatif silence de cette communauté -notamment des commerçants qui ont pignon sur rue- s'explique d'une part par le fait qu'ils travaillent beaucoup, d'autres part par une certaine vexation ressentie après les attaques médiatiques contre leur pays sur les questions des droits de l'Homme et du Tibet.

"L'image de la Chine donnée par les médias ici est plutôt mauvaise pourtant au niveau économique, c'est bien!", estime Im, 42 ans, propriétaire d'un tabac-presse, qui ironise: "les droits de l'Homme, c'est le mot magique des politiques". "Au moins, ils (le gouvernement chinois, ndlr) ont le cran de faire ce qu'ils font, et il y a moins de voleurs là-bas", affirme-t-il.

Et son employé Ly Tony de renchérir:"les droits de l'Homme, c'est bien mais en France les gens abusent: ici, vous pouvez voler sans être puni". Pour autant, les travaux de titans des JO n'ont pas emporté l'adhésion du jeune Chinois de 23 ans, né au Cambodge, qui trouve "anormal que des gens aient perdu leur logement".

"Les Occidentaux montrent une image caricaturale de la Chine et des Chinois, un peu comme si on réduisait la France au romantisme et l'Allemagne à l'ordre", souligne Chen Lin Liang, étudiant chinois venu faire son master "entreprise et innovation" à Paris.

Le "très fort patriotisme" peut "expliquer une partie de la colère de Chinois" devant le flot de critiques, selon lui. La présence massive des journalistes étrangers en Chine "va leur permettre de mieux comprendre la Chine et la réalité de ce qui s'y passe", de "contrebalancer" l'image donnée jusque là, espère-t-il.

Les JO sont l'occasion d'une "ouverture" pour la Chine et l'occasion que "tout le monde comprenne ce qu'est la Chine, la mentalité des Chinois, leur religion", pense de son côté Pierre-Alain, étudiant français d'origine chinoise, encore étonné du décalage entre ce qu'il a constaté là-bas lors de voyages et "l'image rabaissée qu'en ont les médias ici".