Japon: les députés approuvent Yasuo Fukuda comme Premier ministre
TOKYO (AFP) — La Chambre des députés japonaise a approuvé mardi à une très large majorité le conservateur modéré Yasuo Fukuda, 71 ans, comme Premier ministre afin de remplacer le chef du gouvernement démissionnaire Shinzo Abe.
M. Fukuda a obtenu 338 voix contre 117 à l'opposition. Un bulletin a été invalidé.
Ce vote constituait la première étape de l'investiture de M. Fukuda, qui sera effective après celui du Sénat prévu plus tard dans la journée.
Contrôlée par l'opposition, la Chambre haute a refusé l'investiture. Elle a voté en faveur d'Ichiro Ozawa, le chef du Parti démocrate du Japon (PDJ), la principale formation de l'opposition, par 133 voix contre 106.
Mais cela n'empêchera pas M. Fukuda d'être tout de même proclamé Premier ministre dans la foulée, le vote des députés s'imposant à celui des sénateurs. D'ultimes consultations entre les deux Chambres avaient lieu dans l'après-midi.
A 71 ans, M. Fukuda devient le chef de gouvernement le plus âgé depuis 1991. Ironie de l'histoire, il remplace le plus jeune de l'après-guerre - M. Abe a 53 ans.
C'est la première fois dans l'histoire du Japon qu'un père et son fils sont Premiers ministres. Fukuda père, Takeo, dirigea le Japon de 1976 à 1978.
M. Fukuda a été élu dimanche président du Parti libéral démocrate (PLD), la formation de droite au pouvoir au Japon depuis un demi-siècle, ce qui lui assure automatiquement le poste de Premier ministre.
Il remplace le nationaliste Shinzo Abe qui, miné par une série de scandales financiers et de bévues, a brusquement démissionné le 12 septembre moins d'un an après son arrivée au pouvoir.
Hospitalisé le lendemain de son départ pour des problèmes gastriques liés à l'épuisement et au stress, M. Abe a brièvement quitté sa chambre mardi matin pour présider son dernier conseil des ministres, une formalité, et participer au vote de la Chambre.
"Je suis extrêmement désolé d'avoir dû démissionner en plein milieu de la réalisation de mes objectifs", a déclaré M. Abe, cité par le porte-parole sortant du gouvernement Kaoru Yosano.
M. Fukuda doit nommer le nouveau gouvernement peu après sa nomination.
La plupart des ministres devraient être confirmés dans leurs fonctions, selon les pronostics de la presse et des analystes.
Selon les médias, l'actuel ministre des Affaires étrangères Nobutaka Machimura devrait se voir confier le portefeuille stratégique de numéro deux et porte-parole du gouvernement. Il pourrait être remplacé par l'actuel ministre de la Défense Masahiko Komura.
Mais la tâche qui attend M. Fukuda est difficile: désormais majoritaire au Sénat, l'opposition de centre-gauche a l'intention d'utiliser sa capacité de blocage pour forcer des élections législatives anticipées.
Son chef, Ichiro Ozawa, a accusé le gouvernement et le parti au pouvoir d'avoir "paralysé le Parlement pour des raisons égoïstes" et a exhorté l'opposition à "oeuvrer pour les intérêts du peuple japonais".
Selon l'échéance normale, les prochaines législatives doivent avoir lieu en septembre 2009. Mais beaucoup d'observateurs s'attendent à un scrutin anticipé dès l'année prochaine.
"Je ne pense pas que le gouvernement Fukuda puisse durer très longtemps avec un Parlement divisé. Des élections anticipées seront inévitables, probablement au printemps prochain" après le passage du budget, a prédit le politologue Jiro Yamaguchi.
Une partie de la presse a accueilli avec un certain scepticisme la réorganisation des instances dirigeantes du PLD, décidée lundi par M. Fukuda, en soulignant qu'il s'était entouré d'alliés et de chefs de faction, dans la vieille tradition du parti.
"Est-ce que le style de direction du parti qu'ambitionne Fukuda consiste à revenir aux tactiques conventionnelles basées sur la protection des intérêts acquis?", désapprouve le quotidien conservateur Yomiuri.

