JOHANNESBURG (AFP) — Les jambes en sang, le dos marqué de brûlures, un jeune homme est posé sans ménagement sur un brancard de fortune après une nouvelle nuit d'attaques xénophobes dans les quartiers pauvres de Johannesburg, la Cité de l'or sud-africaine.
Les yeux pleins de larmes, il frissonne, essaie de bouger, mais un policier parvient à le calmer en lui disant qu'il est à présent hors de danger, à l'abri de la foule en furie qui l'a attaqué.
"Il passait sur son vélo quand des gens s'en sont pris à lui", témoigne une habitante du township de Reiger Park, trop effrayée pour donner son nom.
"Il est resté là, allongé sur le sol, très longtemps", ajoute-t-elle.
Le jeune homme, en état de choc, est l'une des dizaines de victimes des violences, inédites en Afrique du Sud depuis les affrontements entre militants du Parti pour la liberté Inkhata (à dominante zouloue) et du Congrès national africain (ANC, aujourd'hui au pouvoir) lors la chute de l'apartheid en 1994.
Selon un bilan de la police publié lundi, au moins 22 personnes ont été tuées dans et autour de Johannesburg en une semaine. Plusieurs centaines ont été blessées ou dépouillées de leurs maigres biens et leurs masures détruites.
Ces violences xénophobes ont fait tâche d'huile dans les anciens ghettos noirs et le centre mal famé de Johannesburg. Les Unes des journaux montrant la photo d'un homme transformé en torche vivante illustraient la haine alimentant les agressions.
Peu d'habitants des townships étaient enclins à parler aux journalistes. Une résidente de Reiger Park n'a pas hésité toutefois à en rejeter la responsabilité sur les Zimbabwéens, qui seraient trois millions à s'être réfugiés en Afrique du Sud, fuyant la crise politico-économique dans leur pays.
"Tout ça, c'est la faute des Zimbabwéens. Il faut qu'ils s'en aillent", lance-t-elle, déclarant s'appeler Noxolo.
Les immigrés se voient souvent reprocher d'occuper indûment des emplois, dans un pays où quatre actifs sur dix sont au chômage et où la misère touche 43% d'une population confrontée en outre à une criminalité record avec une cinquantaine de meurtres par jour.
Johannesburg, capitale financière et plus grande métropole de la première puissance économique d'Afrique, ne cesse d'attirer les migrants de tout le continent, et ce depuis la ruée vers l'or au XIXe siècle.
Zimbabwéens, mais aussi Mozambicains, Nigérians, Malawites et Congolais ont fait exploser les chiffres de la population, alors que le gouvernement peine à tenir ses promesses de conditions de vie et de logement décentes pour tous.
Si les immigrés sont la cible privilégiée des attaques, des Sud-Africains ont aussi été pris dans la spirale de violences.
"Ils ne s'agit pas que d'étrangers. Le propriétaire de ce container est un métis d'ici et ils lui ont tout volé", dénonce Bongani, autre habitant de Reiger Park, montrant un container vide renversé au bord de la route.
Ce quartier pauvre affichait lundi les stigmates des attaques avec plusieurs masures incendiées et des feux brûlant encore aux coins de rues encombrées de restes de barricades.
Les forces de l'ordre y ont été souvent reçues à coups de pierre, des habitants espérant toutefois qu'elles parviennent à ramener le calme tout en leur reprochant de ne pas faire dans la dentelle.
"Je suis content que la police soit là, mais ils m'ont tiré dessus pour rien. J'étais dans ma cour et ils m'ont touché à la jambe", dénonce Bongani.
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