Marseille, le spectre des "nababs"
MARSEILLE (AFP) — Cela commence à faire beaucoup: une semaine après avoir chuté à St-Pétersbourg en UEFA, Marseille a été ridiculisé par Carquefou en Coupe de France, non sans avoir encaissé 3 buts en 18 minutes à Lens en championnat, nourrissant à la fois sa réputation d'équipe fantasque et des inquiétudes pour la fin de saison.
"Allez Carquefou!", lançaient ainsi quelques gamins facétieux, jeudi après-midi derrière les grillages du centre de la Commanderie, où le décrassage s'est déroulé sans les éclats de voix habituels...
. Sans les titulaires, pas ou peu de salut. Le coach marseillais Eric Gerets ne s'attendait sans doute pas à une telle prestation de ses "réservistes". Contraint à la fois par les blessures (Niang, Valbuena), par la nécessité de faire souffler certains cadres (Cheyrou, Cana, Givet, Taiwo) et par la volonté de récompenser le travail de Carrasso (devenu remplaçant de Mandanda), il a en effet aligné une équipe B, dans laquelle figuraient néanmoins deux des principales vedettes du club, Cissé et Nasri! Le constat s'est révélé terrible. En défense centrale notamment, où le duo Zubar-Faty a causé bien des frayeurs. Conclusion de Gerets: "sauf s'il devait de nouveau y avoir des blessures, et si les résultats suivent, je vais aller vers l'équipe-type". Bonne nouvelle pour Gerets: Valbuena, Niang et Cheyrou devraient faire leur retour samedi face à Sochaux, lors de la 30e journée.
. Loin du Vélodrome, les temps sont durs. L'OM a signé cette saison 9 de ses 12 victoires dans son stade fétiche. Comme le dit Cana, au club depuis trois saisons: "depuis 2005, à domicile, nous sommes quasiment la meilleure équipe de France. A l'extérieur, on doit être la 15e". La semaine écoulée n'a pas fait mentir la statistique: dans Bollaert surchauffé, à la Beaujoire devant un public qu'il aurait été relativement aisé de faire taire et à St-Pétersbourg dans un stade très bruyant, l'OM a craqué. "A Lens, je crois avoir vécu la meilleure mi-temps disputée par l'OM depuis 3 ans (Marseille menait 2-0, ndlr). La deuxième a en revanche été l'une des pires (score final 3-3). Cette régularité nous manque depuis longtemps, à l'extérieur notamment", constate encore Cana, légèrement désabusé.
. Un mental qui flanche. Cette équipe avait proposé depuis plusieurs semaines un football chatoyant, fondé sur une puissance offensive sans réelle égale en France lorsqu'elle s'exprime ainsi. La spectaculaire remontée au classement (11e à 8 points de la 3e place à la trêve, 4e à 3 points aujourd'hui) n'a-t-elle pas enflammé les esprits? N'a-t-elle pas généré à la marge ce comportement de "vizirs" et "nababs" stigmatisé par le président marseillais Pape Diouf après la défaite à St-Pétersbourg? Le problème "le plus important est mental", admet en tout cas Cana, qui reconnaît que "forcément, comme dans toutes les équipes, il y a une part de suffisance". "Gagner de nombreux matches à la suite peut aussi être usant, au moins autant que d'essayer d'en gagner un après une série de défaites", assure encore le capitaine marseillais, citant en exemple Lyon et sa faculté à ne pas se griser. L'argument est difficile à accepter, la conclusion nettement moins: "nous ne sommes pas une grande équipe".

