TOULOUSE (AFP) — Plusieurs soldats interrogés après la fusillade de Carcassonne, qui avait fait 17 blessés lors d'une journée portes ouvertes dans une caserne le 29 juin, ont reconnu de "graves dysfonctionnements" dans le contrôle des munitions et l'organisation de la démonstration, selon France Info.
La radio a indiqué mercredi avoir eu accès aux procès-verbaux des auditions, par les gendarmes, des militaires du 3e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa) de Carcassonne, dont le sergent qui avait tiré dans la foule par erreur à balles réelles au lieu de balles à blanc.
Le ministre de la Défense Hervé Morin avait fait état le 6 juillet de "dysfonctionnements sur les conditions de délivrance et de contrôle des munitions". "Il y avait des pratiques contraires au règlement et aux procédures décidés par l'état-major de l'armée de terre", avait-il dit. Ces dysfonctionnements sont révélateurs d'"un comportement généralisé et dangereux" au sein de l'armée quant à la gestion des munitions, a déclaré mercredi à l'AFP Me Etienne Nicolau, avocat des parties civiles.
Dans les PV cités par France Info sur son site internet, un sergent reconnaît qu'il était "possible" de garder les balles réelles après un exercice, alors qu'un lieutenant, chef de l'une des deux équipes impliquées, évoque le manque de contrôle. Le sergent auteur des tirs, mis en examen pour "blessures involontaires", indique avoir réalisé après coup qu'il avait effectué par le passé un stage "avec des chargeurs contenant des munitions réelles".
"Il n'y a rien de nouveau sous le soleil", a commenté le colonel Benoît Royal, chef du Sirpa-terre (Service d'informations de l'armée de terre). "On a confirmé dès le départ qu'il y avait des dysfonctionnements dans l'utilisation des munitions par les Groupements de commandos parachutistes (ndlr: GCP, unités d'élite du 3e RPIMa) et c'est pour cela que ces GCP ont été dissous", a-t-il dit à l'AFP.
Le colonel Royal a par ailleurs démenti l'existence d'un "changement de scénario pour la démonstration" de Carcassonne, signalé, selon France Info, dans le PV d'un lieutenant. Selon l'avocat des parties civiles, les procès-verbaux "ne font que confirmer que le comportement du sergent (auteur des tirs) n'était pas individuel".
"Tous les militaires pratiquent de la même façon. Ils conservent les munitions non utilisées. C'est contraire aux règles des manuels militaires. Pourquoi les militaires conservent-ils des munitions? A quoi doit servir l'arsenal ainsi constitué?", s'est interrogé Me Nicolau. "Il apparaît clairement qu'il s'agit d'un comportement généralisé dans l'armée. La dangerosité de cette pratique est montrée au travers du drame de Carcassonne", a-t-il estimé.
"La défense et les parties civiles vont demander au juge d'instruction de verser au dossier l'enquête de commandement", a ajouté l'avocat, précisant qu'elles allaient également "comparer ce qui s'est fait à Carcassonne avec ce que disent les manuels militaires réglementant les tirs et les munitions".
Me Etienne Nicolau est le défenseur de plusieurs victimes de la fusillade, dont la famille du petit Gabriel, âgé de 3 ans, grièvement blessé par les tirs, en même temps que ses parents.
L'affaire est instruite par le tribunal de Montpellier, qui s'est refusé mercredi à toute déclaration sur les révélations de France Info.
Joint par l'AFP, le commandement du 3e RPIMa de Carcassonne s'est abstenu de tout commentaire.
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