Dans un monde "au bord du gouffre", Fillon tente de maintenir le cap

ANTIBES (AFP) — "Récession" était le mot tabou de la deuxième journée parlementaire de l'UMP, vendredi à Antibes, où François Fillon s'est employé, dans un monde "au bord du gouffre", à rassurer ses troupes sur le respect des "engagements européens" de la France.

Dans son discours de clôture, le Premier ministre s'est bien gardé de parler de récession, assurant simplement que la croissance serait "aux alentours" de 1% en 2008.

Après avoir parlé il y a quelques jours de "précipice", M. Fillon a cette fois jugé que "le monde est au bord du gouffre" par la faute d'un système financier "irresponsable".

Il n'est pas revenu sur les prévisions de l'Insee qui annoncent un deuxième trimestre de croissance négative en France, ce qui définit habituellement une récession économique. L'Insee "ne parle pas de récession", insiste-t-on dans son entourage.

Après avoir la veille tourné autour du pot, le ministre du budget, Eric Woerth, a finalement admis que la France était "en récession technique".

Dans ce contexte de "dérapage" du capitalisme financier, la plupart des sénateurs et parlementaires UMP ont exprimé une autre obsession: ne pas laisser filer les déficits publics.

En laissant entendre que les critères de Maastricht -qui fixent le déficit budgétaire à 3% maximum du PIB - pouvaient être laissés "temporairement" de côté, le conseiller du président de la République, Henri Guaino, a fait la quasi-unanimité contre lui.

Sans jamais le nommer, M. Fillon a recadré le débat en excluant d'augmenter les dépenses. L'objectif en 2012 est toujours de ramener le déficit public "aux alentours de 0%".

Ce serait trahir "nos engagements européens", et "alourdir encore le fardeau de la dette", a réaffirmé sous les applaudissements le chef du gouvernement, tenant de l'orthodoxie budgétaire.

M. Fillon estime avoir fait le choix de "la responsabilité" dans la préparation du budget 2009, fondé sur son credo du "ni-ni": ni "laxisme", ni "austérité".

Nouvellement affublé par certains du titre de "vice Premier ministre", le patron des députés UMP, Jean-François Copé, est aussi monté au créneau, affirmant que "la gestion de la crise n'a jamais été antinomique avec la maîtrise des déficits publics".

"Compte tenu des engagements européens qui sont les nôtres, personne ne comprendrait ou n'accepterait que la France s'affranchisse de façon unilatérale des critères de Maastricht", a-t-il averti.

Pour son premier discours devant les cadres de l'UMP depuis son élection mercredi, le président du Sénat, Gérard Larcher, a lui aussi érigé en "principe" le respect de la feuille de route européenne.

Pour apporter sa pierre à l'édifice anti-crise financière, M. Larcher a proposé la création d'un "groupe d'unité parlementaire" ouvert à l'opposition, en écho aux appels à "l'unité nationale" du Premier ministre.

Appel renouvelé à Antibes par François Fillon qui ouvrira un débat sur la crise mercredi à l'Assemblée. "J'invite tous les Français, qu'ils soient de droite, du centre ou de gauche, à faire preuve d'unité" et "à laisser de côté les querelles subalternes", a-t-il dit.

Ce qui ne l'a pas empêché de décocher quelques flèches en direction de l'opposition. Si elle était au pouvoir aujourd'hui, "la France serait, à cette heure, totalement asphyxiée par le retournement de la conjoncture économique", a-t-il argué.

Le PS a rétorqué que cette situation n'était "nullement la conséquence de la crise financière" mais "celle des erreurs faites hier par le gouvernement".

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