SYDNEY (AFP) — Au Forum de l'Asie-Pacifique à Sydney, le président américain George Bush suit une stratégie qui consiste à tenter de rallier des pays à un nouveau cycle de conférences sur le climat, très différent de l'actuel protocole de Kyoto.
Les Etats-Unis et l'Australie sont les deux seuls pays développés à ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement.
Cet accord, conclu sous l'égide de l'ONU, expire en 2012. Washington et Canberra, selon des experts et des écologistes, s'emploient à empêcher qu'un "Kyoto 2", avec des objectifs contraignants pour les Etats riches, lui succède.
"A chaque fois qu'ils (les responsables américains et australiens) prennent la parole, ils tentent de discréditer Kyoto", assure Mark Wakeham, auteur d'un rapport publié jeudi sur la politique climatique du gouvernement australien.
Selon le professeur Phil Jennings, de l'université australienne de Murdoch, Washington et Canberra "travaillent de façon acharnée pour monter une coopération spécifique" sur le climat, hors du système Kyoto, fondée sur des "aspirations" non exécutoires.
"S'ils (les Etats-Unis et l'Australie) arrivaient à créer un autre système, basé sur des objectifs souples et qui inclurait l'Inde et la Chine, ils le proposeraient alors pour remplacer Kyoto", a-t-il affirmé à l'AFP.
Le protocole de Kyoto impose aux nations industrielles des réductions d'émissions de six gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone et le méthane. Les pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, ont seulement des obligations d'inventaire.
Cette situation ne convient pas à M. Bush. "Si vous voulez vraiment régler le problème global du changement climatique", a-t-il lancé mercredi à Sydney au côté du Premier ministre australien John Howard, "assurons-nous que des pays comme la Chine et l'Inde soient autour de la table".
Cette position a été immédiatement condamnée par des écologistes, qui soulignent que la Chine a ratifié Kyoto et qu'elle s'implique nettement plus que les Etats-Unis ou l'Australie en faveur du climat.
Greenpeace traduit de façon imagée le discours de MM. Bush et Howard: "Un Américain et un Australien sont chacun dans un gros 4x4 et ils exigent d'un pauvre Chinois qu'il descende de son vélo".
L'ONG accuse Washington et Canberra de "jouer la montre" en proposant un autre partenariat que Kyoto.
"Il a fallu cinq ans pour négocier et signer Kyoto, puis cela a pris dix ans pour le mettre en application. Il s'agit d'une nouvelle tactique dilatoire", a commenté Catherine Fitzpatrick, chef de la campagne énergie chez Greenpeace Australie.
Pour le professeur Jennings, Washington et Canberra s'inquiètent, si un "Kyoto 2" se faisait sans eux, d'être exclus de marchés, notamment des droits d'émissions polluantes qui peuvent être revendus.
Il pense également que les Etats-Unis et l'Australie espèrent rallier à leur projet concurrent des pays comme le Canada (qui trouve bien trop coûteux Kyoto) ou l'Indonésie (très important producteur mondial de gaz à effet de serre).
Selon lui l'Asie-Pacifique (Apec) est l'arène idéale pour convaincre, la plupart des 21 "économies membres" n'étant pas liées par Kyoto tout en représentant pratiquement la moitié du commerce mondial et 56% du produit intérieur brut (PIB) de la planète.
Mais la tâche sera difficile: le président chinois Hu Jintao et la présidente des Philippines Gloria Arroyo ont assuré jeudi que les Nations unies devaient rester le cadre principal pour les négociations sur le climat.
M. Bush peut compter sur le soutien fidèle du gouvernement de M. Howard, qui agit sous la pression du très puissant secteur minier australien: le charbon arrive en tête du revenu des exportations en Australie.
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