"De l'audace!": Delanoë appelle la gauche à renouer avec le libéralisme

PARIS (AFP) — Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, jette un pavé dans la mare à six mois du congrès du PS dont il sera l'une des vedettes, en invitant la gauche à se réapproprier le libéralisme dans un livre intitulé "De l'audace!" (éditions Robert Laffont).

Celui qui a aujourd'hui l'avantage sur Ségolène Royal dans les sondages pour la conquête du PS au congrès de Reims en novembre abandonne sa prudence habituelle et sort de l'orthodoxie en s'affichant "socialiste ET libéral", au fil de conversations avec le directeur de Libération, Laurent Joffrin.

S'il s'affranchit ainsi de son "tuteur" en politique, Lionel Jospin, il n'en réaffirme pas moins son amitié personnelle et son admiration pour l'ex-Premier ministre, "l'homme des réformes réussies et de la rectitude politique".

L'ouvrage (290 pages) est d'ailleurs dédié à "Lionel, Claude et Daniel", Jospin, Estier et Vaillant, qui ont formé avec lui "la bande du 18e" arrondissement de Paris.

Soutien actif et loyal de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, M. Delanoë marque aussi sa différence avec elle. Sur sa conception de la fameuse démocratie participative ("on ne peut pas se contenter de recueillir les avis. Il faut donner le sien") et sur les alliances: "concevoir une alliance allant du centre à l'extrême gauche est sympathique, mais il faut un minimum de cohérence".

C'est sur l'économie que ce jospiniste historique, qui n'oublie jamais qu'il a été chef d'une entreprise de communication, s'écarte le plus des canons du parti.

"Le libéralisme est d'abord une philosophie politique de la liberté (...) A gauche, nous sommes les défenseurs de liberté, y compris dans le domaine économique", clame le maire de Paris, qui juge à l'inverse le sarkozysme "profondément antilibéral".

Dans un langage que ne renieraient pas les DRH modernes, M. Delanoë appelle les socialistes à "devenir entrepreneurs en progrès social". "Pour être un bon socialiste désormais, il faut être un bon manager", écrit-il.

L'élu se dit partisan des méthodes du management privé dans les structures publiques, où doit prévaloir "une culture de l'entreprise". Dans la ligne du "socialisme de la performance" préconisé par Jean-Marc Ayrault, il propose de gouverner en se fixant des objectifs sociaux chiffrés" (logements sociaux, érémistes, etc). C'est ce qu'il appelle "des utopies concrètes".

Il ne renie même pas le mot de flexibilité car "il faut briser les idoles, c'est la condition de la pensée libre!".

Bertrand Delanoë récuse cependant le libéralisme sauvage, synonyme de "désengagement de l'Etat" et de "laisser-faire". D'ailleurs, la gauche doit "rester le parti de l'impôt".

Il espère bien entraîner la majorité du PS à cette conversion, sinon cette rupture. Entre socialistes, "la synthèse est morte, voici venu le temps des différences assumées, le PS a été trop conservateur", lance le maire de Paris, qui se définit comme "social-démocrate".

"Sommes-nous résignés à nous installer dans l'état d'esprit alangui d'un parti de notables, aussi avide de conserver ses baronnies qu'il est las de poursuivre la conquête de l'Etat ?", demande-t-il, voulant sonner le réveil de la gauche.

A 58 ans - dans quelques jours -, le maire de Paris ne dit pas s'il est résolu à forcer son destin. Décidé à honorer "totalement" son mandat de maire, Bertrand Delanoë se borne à déclarer qu'il "n'hésitera pas" à se consacrer à sa famille politique et son pays "à la place où la démocratie et les socialistes décideront" qu'il doit être.