Marc Lévy: "Je n'oserais pas me dire écrivain"

LONDRES (AFP) — Quinze millions de livres vendus, des traductions dans 39 langues, une adaptation hollywoodienne: Marc Lévy est sans aucun doute un "romancier à succès" mais la critique rejette ce qu'elle appelle une "littérature commerciale". "Je n'oserais pas me dire écrivain", répond-il.

"Phénomène d'édition", Marc Lévy est le "romancier le plus lu en France", selon son éditeur Robert Laffont. Ses sept livres se sont tous installés en tête des ventes dès leur sortie. Cela ne l'empêche pas d'être tourmenté par "un trac énorme", avoue-t-il, tandis que sort jeudi son huitième opus, "Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites".

A en croire la critique, on ne devrait pourtant pas aimer les livres de Marc Lévy. L'écriture y serait simple, voire simpliste, et les romances noyées dans l'eau de rose.

"Des critiques disent que Marc Lévy, c'est un auteur qu'on lit dans le métro... Rien ne me rend plus heureux qu'on me lise dans le métro. Si je permets à des gens de ne plus être dans le tunnel, en petit artisan, j'ai fait mon job".

De ce "déferlement de haine", Marc Lévy n'en fait "pas une montagne". Cela fait longtemps qu'il a fui ce microcosme mondain parisien pour se réfugier à Londres.

Dans la cour intérieure de sa maison, entre ses citronniers et son barbecue, l'homme de 46 ans semble en paix avec lui-même. "Je n'oserais pas me dire écrivain. Si certains considèrent que je ne suis pas écrivain, c'est leur liberté", tranche-t-il. De toute façon, ses personnages seront toujours "gentils" et lui ne sera jamais "du sérail".

Marc Lévy est né le 16 octobre 1961 à Boulogne près de Paris. Son père, ancien résistant communiste, vendait des chemises après-guerre, avant d'éditer des livres d'art. Il enseigne au petit Marc "la tolérance, et l'anticulture de l'égo". Après son bac, il rêve de médecine mais il n'avait "pas les moyens économiques de faire huit ans d'études".

Un cousin lui fait découvrir la Croix-Rouge. A 18 ans, il désincarcère des accidentés de la route. "Ca m'a appris à relativiser". Il y passe six ans tout en poursuivant des études de gestion à Paris-Dauphine. Mais il est "piqué par le virus de l'entrepreneuriat".

Il contracte un emprunt étudiant qui le met "plus qu'en culottes courtes" et fonde en 1983 une des toutes premières sociétés d'images de synthèse. Mais "on se fait piquer la boîte, comme des bleus". Il rentre à Paris en 1990, "ruiné". L'entrepreneur fonde une autre société, spécialisée dans l'aménagement de bureaux, qui ira jusqu'à avoir 100 employés.

L'écriture vient par accident, à la naissance de son fils, en 1989. "J'avais pris l'habitude d'écrire un petit bout d'histoire tous les jours que je racontais le lendemain à mon fils..." Mais un soir de ses neuf ans, l'enfant lâche à son papa: "La télé, c'est mieux."

"Ce moment d'écriture me manquait". Auteur sans encore le savoir, il se met alors à rédiger "Et si c'était vrai". Sa soeur Lorraine, une réalisatrice, le persuade d'envoyer le manuscrit. Laffont répond sous huit jours. Et le livre s'arrache. "On en est à trois, quatre millions d'exemplaires", lance Marc Lévy, qui a arrêté de compter.

"C'a été le livre le plus vendu de l'année 2000. Mais ce n'était pas le meilleur", glisse-t-il modestement. "J'ai eu de la chance: j'ai été au bon moment avec la bonne histoire au bon endroit". Summum de la gloire, Steven Spielberg rachète les droits. Le film "Just Like Heaven" sera numéro un au box office en 2005.

Le tout nouvel auteur "prend le risque" d'écrire un second livre. "Et ça marche". Depuis, le succès reste au rendez-vous. La "violence" de la critique aussi. "On tire à boulets rouges sur ce qui s'apparente à de la littérature commerciale."